En sorcellerie et magie populaire des campagnes, l’utilisation de vertèbres de grands animaux (vache, mouton, cheval) — souvent fossilisées — gravées de visages répond à un usage précis : donner un support physique à un esprit protecteur, un ancêtre ou un “démon” familier afin de protéger la maison ou le bétail (magie apotropaïque). (Suite…)
La guerre entre les pixies du Devon et les fées du Somerset est l’une des légendes les plus célèbres et singulières du folklore du Sud-Ouest de l’Angleterre. Ce récit met en lumière le fait que, contrairement aux croyances populaires modernes, les pixies et les fées sont deux races distinctes et historiquement rivales dans le folklore britannique.
Selon la légende recueillie dans les chroniques locales (notamment au XIXe siècle), les fées habitaient historiquement le comté voisin du Somerset (à l’est de la rivière Parrett). Poussées par le désir d’étendre leur territoire et de coloniser de nouvelles terres, les fées décidèrent de traverser la frontière pour envahir le Devon.
Cependant, les pixies du Devon, un peuple fier et profondément ancré dans ses landes (comme le Dartmoor), refusèrent catégoriquement de leur céder le moindre morceau de terre. Une guerre mythique s’est déroulé sur les hauteurs des Blackdown Hills, une chaîne de collines escarpées située à la frontière entre le Devon et le Somerset.
La tradition situe le cœur des combats près du village de Buckland Saint Mary, dans le Somerset.
Malgré la magie des fées, l’armée des pixies du Devon se battit avec tant de hargne qu’elle encercla et submergea les envahisseurs. Au cours de ce terrible affrontement, Obéron, leRoi des Fées fut grièvement blessé à la jambe par une arme en fer.
Dans la littérature et le folklore européen — popularisés notamment par la chanson de geste médiévale Huon de Bordeaux puis par William Shakespeare dans Le Songe d’une nuit d’été —, Obéron règne sur le peuple des fées aux côtés de la reine Titania. En tant qu’être magique et immortel, il n’a pas péri, mais le poison du fer a rendu cette blessure totalement incurable. La légende précise qu’aucune herbe médicinale de tout le royaume des fées n’a jamais réussi à le guérir
Totalement vaincues, les fées furent chassées du Devon et repoussées au-delà des frontières. Bon nombre d’entre elles s’enfuirent plus loin dans le Somerset, le Dorset, et certaines traversèrent même la mer pour se réfugier en Irlande. Elles jurèrent de ne jamais revenir.
Titaniaet la lance qui a blessé Obéron. (vers 1800)
C’est à cause de cette victoire militaire légendaire que le Devon est resté exclusivement le territoire des pixies. Dans cette région, il est traditionnellement dit que l’on ne croise aucune fée, mais uniquement des pixies (ou piskies) cachés dans les collines de granit et les forêts d’Exmoor ou du Dartmoor.
Les folkloristes modernes voient parfois dans ce mythe de guerre territoriale le reflet déguisé et poétique de conflits historiques réels, comme les affrontements anciens entre les tribus celtes d’origine (les Dumnonii, associés aux pixies) et les envahisseurs anglo-saxons (associés aux fées).
Dans les récits traditionnels de cette guerre, les pixies ont précisément utilisé des armes en fer pour vaincre les fées. Cette particularité est un élément crucial du folklore britannique, car elle repose sur une règle magique universelle : les fées ont une vulnérabilité mortelle au fer (le “fer froid” ou cold iron).
Bien que les fées possèdent une magie puissante et des armes enchantées, elles sont incapables de supporter le contact ou la simple proximité de ce métal. Les pixies du Devon, créatures pourtant magiques eux aussi, ont su exploiter cette faiblesse. Les traditions locales racontent que les pixies ont forgé des armes en fer ou récupéré des pointes de flèches (souvent confondues dans le folklore avec des silex préhistoriques appelés “elf-arrows” ou flèches d’elfes) pour transpercer les armures immatérielles des fées.
Moins gracieux mais beaucoup plus robustes et malicieux que leurs rivales, les pixies ont attiré les fées dans les zones rocheuses du Devon où ils avaient dissimulé leurs armes métalliques.
Le fer a donc été le facteur décisif qui a permis aux pixies de briser les sorts des fées, de blesser leur roi lors et de les bannir à tout jamais de leurs terres.
Ce qui explique que les pixies récupèrent parfois des armes en fer et les échangent aux humains contre leur équivalent en os.
Dans la série des boniments du Fairy Hawker se trouve cette intéressante anecdote.
En Cornouailles, il existe une pierre mégalithique trouée à taille humaine, que l’on appelle localement une holed stone.
Mên-an-Tol se trouve dans la péninsulede Penwith, près du village de Madron. C’est la plus célèbre et la plus accessible des pierres trouées de Grande-Bretagne.
Le monument de Mên-an-Tol (qui signifie « la pierre trouée » en cornique) est au cœur de nombreuses légendes locales et rituels de guérison transmis depuis des siècles par le folklore de Cornouailles. Ce bloc monolithique de granit mesure environ 1,3 mètre de large pour 1,1 mètre de haut. Elle est percée d’un orifice de 50 cm.
Surnommée la « Crick Stone », la tradition voulait que l’on fasse passer les enfants souffrant de rachitisme, de tuberculose ou de scrofule à travers le trou central. Pour que le rituel fonctionne, l’enfant devait être passé nu, trois ou neuf fois, et généralement face au soleil (d’est en ouest). Les adultes utilisaient également la pierre pour soulager les douleurs lombaires ou les rhumatismes. Pour cela, ils devaient ramper à travers le trou trois ou neuf fois. Bien que l’étroitesse de l’orifice exige de ramper de profil ou de se glisser prudemment en avant, un adulte de corpulence normale ou un enfant peut s’y faufiler, à condition d’être assez souple.
Selon les récits locaux, le site est gardé par un Pixie (une créature féerique du folklore de Cornouailles) doté de pouvoirs magiques. On racontait que ce gardien bienveillant pouvait annuler les sorts des sorcières et guérir les maladies de ceux qui respectaient le lieu. Une autre légende raconte qu’une mère, dont l’enfant avait été volé et remplacé par un faux bébé féerique (un changeling) par les fées, fit passer la créature à travers le trou de Mên-an-Tol. Le rituel brisa le sortilège et lui permit de récupérer son véritable enfant.
Les habitants utilisaient parfois les deux pierres dressées situées de chaque côté du trou pour de petites divinations.
Fait très révélateur, le rituel de divination associé au monument consistait à poser deux épingles sur le dessus de la pierre pour lire l’avenir dans leurs mouvements. Les textes du XIXe siècle (notamment ceux du folkloriste Robert Hunt) précisent bien que ces épingles devaient être en laiton (brass), un alliage de cuivre et de zinc, et surtout jamais en fer, sous peine de faire fuir le gardien et d’annuler le présage.
Mon ami écossais Alistair McGregorsouffrait légèrement du dos et désirait tester l’efficacité de la Pierre. Il ne se déshabilla pas mais retira soigneusement tous ses objets en fer, puis passa trois fois à travers l’orifice central.
Toutefois, il oublia de retirer son Sgian-dubh, son poignard de bas. Après avoir effectué le triple passage rituel, il ne ressentit aucune véritable amélioration à ses douleurs lombaires. Au contraire, l’exercice avait un peu augmenté l’inflammation.
« Bof, ton truc de marche pas vraiment » me dit-il.
Mais son poignard en fer était maintenant remplacé par un poinçon en os.
Note sur sur la mère du Brahan Seer, Coinneach Odhar.
Un soir, alors que la mère de Coinneach Odhar gardait des vaches près du cimetière de Baile-na-Cille, elle vit les esprits des morts quitter leurs tombes. Elle plaça un bâton sur la tombe de l’un d’eux — l’esprit d’une princesse norvégienne noyée — l’empêchant ainsi d’y retourner.
Pour que la mère la laisse enfin reposer en paix, le fantôme de la princesse lui révéla où trouver une pierre magique.
Suivant les instructions de l’esprit, elle trouva une petite pierre noire percée d’un trou en son centre (une pierre de fée ou adder stone). Elle l’offrit à son fils, Coinneach, qui acquit ses pouvoirs de prophétie en regardant à travers le trou.
Mais voilà ce qu’on n’ose pas dire.
Comme on ne garde pas les vaches près d’un cimetière la nuit, il semble que la mère de Coinneach Odhar – dont le nom précis n’est pas connu – fut elle-même une sorcière. Elle empêcha volontairement le fantôme de rejoindre sa tombe avant le lever du jour.
Dans le contexte des croyances des Highlands écossais, cette interprétation fait sens, tout en restant nuancée par les anthropologues.
Garder des vaches près d’un cimetière la nuit n’était pas une pratique anodine, en particulier la nuit de Samhain, celle où la frontière entre les morts et les vivants est ténue. Les cimetières côtiers ou paroissiaux possédaient souvent l’herbe la plus grasse, mais les locaux s’en tenaient éloignés après le crépuscule par peur des esprits. Le fait qu’elle s’y trouve, seule, à une heure indue, suggère qu’elle n’avait pas peur du monde invisible — un trait typique des rebouteuses, sages-femmes et praticiennes de la magie folklorique (wise women).
L’acte de bloquer la tombe avec un bâton (souvent décrit comme un bâton de coudrier, de sorbier ou d’épine noire, (des essences de bois protectrices contre les mauvais esprits) démontre qu’elle connaissait les règles et les faiblesses du monde des esprits. Si en plus, il s’agit de la canne de la Cailleach (décrite précédemment), le retour à la tombe est absolument impossible). La mère d’Odhar savait qu’un fantôme écossais (bòcan ou taibhse) doit impérativement regagner sa sépulture avant le chant du coq ou le lever du jour, sous peine d’être condamné à errer éternellement ou de perdre ses pouvoirs. Il s’agit d’un acte de manipulation délibéré et non d’un accident.
Si ses actes s’apparentent à de la sorcellerie, les récits folkloriques gaéliques évitent soigneusement le mot Ban-fhiosaiche / Bean Feasa. (femme de savoir) pour elle, pour deux raisons :
En Écosse, les sorcières étaient perçues comme ayant signé un pacte avec le Diable. La mère de Coinneach utilise une ruse purement humaine et opportuniste face à un esprit de la nature ou un ancêtre.
Pour que les prophéties de Coinneach Odhar soient perçues par le peuple comme un “don divin” ou une “double vue” légitime (An Dà Shealladh), il fallait que l’origine de la pierre magique vienne d’une bénédiction (ou d’une dette payée par un esprit) et non d’une lignée de sorcellerie maléfique, ce qui aurait immédiatement conduit à l’exécution de toute la famille.
Ses gestes sont ceux d’une femme initiée aux secrets de la nuit et de la terre, même si la légende a préféré lisser son image pour en faire une simple mère audacieuse.
C’est paradoxalement Coinneach Odhar lui-même (le devin de Brahan) qui a fini par être assimilé à de la sorcellerie. À la fin de sa vie, après avoir prédit des vérités dérangeantes pour la noblesse locale, il fut arrêté et exécuté par la terrible Lady Seaforth, qui le fit brûler vif dans un tonneau de goudron en l’accusant de pratiques démoniaques.
Le cimetière est un endroit particulièrement propice aux récits fantastiques et à l’atmosphère envoûtante.
* Le cimetière surplombe la spectaculaire baie d’Uig (Uig Sands), une immense étendue de sable blanc bordée de dunes et de collines sauvages. C’est exactement sur cette plage adjacente qu’ont été trouvées en 1831 les célèbres figurines de jeu d’échecs de Lewis, sculptées dans de l’ivoire de morse au XIIe siècle.
Lorsque Thomas O’Malley frappait le sol trois fois de sa canne, ce n’était pas uniquement pour attirer le passant. Dans les croyances les plus sombres des landes irlandaises, le Bata na Luanaitísídhe (Le Bâton des Fairies de la Lune), n’est pas une simple canne, mais un instrument magique, un bâton de pouvoir. C’est l’outil sacré du Draoi (le sorcier) ou de la Bean Feasa (la femme de savoir) qui a scellé un pacte avec les puissances invisibles de la nuit. (Suite…)
L’expression gaélique écossaise « An Dà Shealladh » se traduit littéralement par « les deux visions » ou « la double vue ». Dans le folklore de l’Écosse (en particulier dans les Highlands et les Hébrides), elle désigne la clairvoyance ou le don de seconde vue (Second Sight en anglais). (Suite…)
Suite des arguments du Bonimenteur: les 9 noisettes de Segais.
Les 9 noisetiers du Puits de Segais (parfois appelé Puits de Connla) occupent une place centrale dans la mythologie celtique irlandaise, symbolisant la source ultime de la sagesse, des arts et de la connaissance universelle. (Suite…)
Un leprechaun est une petite créature humanoïde issue du folklore irlandais. Mesurant moins d’un mètre, il appartient au « petit peuple » et s’apparente aux fées, elfes ou farfadets. Il est aujourd’hui devenu l’un des symboles culturels majeurs de l’Irlande et l’emblème incontournable de la fête de la Saint-Patrick. (Suite…)
L’artiste derrière cette silhouette découpée en 1919 est Lore Friedrich-Gronau(née Leonore Berta Klara Gronau, 1905–2002). C’était une artiste allemande particulièrement polyvalente, reconnue à la fois comme sculptrice, illustratrice et créatrice de silhouettes (Scherenschnitte). (Suite…)
“Step right up, ladies and gentlemen! Welcome to witness the Cottingley marvels? Do not walk into the glen empty-handed! Peer through the veil with the Aura Goggles, and hear the unheard with the Telluric Auscultator! Catch the fairies or your money back! Only a few shillings to secure your proof for Sir Arthur himself!”* (Suite…)