11/01/21

Un Café pour Mlle Lenormand

Mlle Charlotte-Adélaïde attendait patiemment dans le couloir qui jouxtait le petit salon de la sibylle. Elle avait bravé les effroyables intempéries de ce mois de mai 1816 pour consulter la dame qui habitait là.

Elle était impressionnée par la réputation de l’occupante du 5 rue de Tournon (sur la Rive Gauche près de l’Odéon), tout le monde en parlait en bien. On chuchotait même que Joséphine de Beauharnais avait été sa cliente. (Suite…)

27/12/20

Le Rêve d’Élie

Je ne m’attendais pas à trouver les collections d’Élie sur le marché.

Après tout, son enterrement ne datait que de 15 jours, mais le propriétaire de son logement voulait relouer rapidement et Élie n’avait pas de famille. Finalement, nous sommes peu de choses, dans un an au plus personne ne se souviendra de lui…

La dernière fois que nous nous étions croisés, c’était dans la salle d’attente de l’hôpital Saint-Pierre. J’y allais pour une fracture du pouce et lui pour des analyses de santé.

Nous nous connaissions depuis longtemps car nous chinions parfois ensemble sur le Vieux Marché de Bruxelles. Nos rapports avaient toujours été cordiaux et amicaux.

D’origine grecque, il était né vers 1945 à Volos (Iolcos dans l’Antiquité), un port dans la région de Thessalie et, comme tous mes amis grecs, était très fier de ses origines. Dans l’attente du médecin, il tripotait nerveusement un curieux caillou rond et plat comme s’il s’agissait d’un porte-bonheur contre l’adversité. Je pus l’examiner de près: d’une taille proche de ma paume de main et de couleur tirant vers le jaune, il était plat d’un côté et légèrement bombé de l’autre.

Il me raconta qu’il l’avait trouvé à Sésklo dans sa jeunesse et que ce simple caillou avait changé sa vie.

La pierre était probablement une sorte d’outil du néolithique servant à polir, mais il avait éveillé dans son esprit un lien avec la mythologie dont il était féru. Il lui rappelait une scène du film « Jason et les Argonautes »+ qui l’avait fort marqué : le moment où Hylas défie Héraclès à une épreuve de force. Heraclès lance un discobole vers un rocher lointain dans la mer et Hylas le bat en faisant ricocher le disque sur l’eau. Montrant ainsi que l’intelligence peut parfois être plus efficace que la force brute.

A partir de ce moment, Élie s’était identifié au mythe de Jason et avait mis ses pas dans les traces de son héros. Il aurait adoré être marin sur l’Argos à la conquête de la Toison d’or et professait que si Heinrich Schliemann avait découvert Troie, la mythologie pouvait être plus réelle que légendaire. Ce qu’évidemment, je ne peux nier.

Il avait travaillé comme matelot sur divers bateaux en Méditerranée et, au cours de ses voyages avait collecté quelques artefacts en rapport avec la légende. Je ne sais pas comment il avait fini à Bruxelles et je ne lui ai pas demandé.

Pour faciliter la compréhension de la suite de ce texte, voici un bref résumé du mythe de Jason et la recherche de la Toison d’Or.

« La ville de Iolcos était dirigée par le roi Pélias.

Son roi légitime était Éson, père de Jason, mais son demi-frère Pélias, aurait usurpé le trône. Pélias avait toutefois gravement offensé la déesse Héra en commettant un meurtre dans son temple, puis en supprimant son culte dans la ville.

Un oracle prédit toutefois au roi que son règne serait menacé par un homme ne portant qu’une seule sandale*.

Jason se rend donc auprès du roi pour demander de rendre le trône à son père, Eson. En chemin il aide une vieille dame (Héra déguisée) à traverser une rivière. Il y perd une sandale.

Arrivé au palais, le roi se rend compte de la menace dévoilée par la prophétie. Il promet toutefois de rendre le trône à Eson si Jason lui ramène la Toison d’Or qui se trouve en Colchide.

Jason accepte. Il va faire construire l’Argo, la galère qui doit le conduire à destination. A son bord, il n’accepte que les meilleurs des Grecs dont Héraclès et Hylas, Argus le constructeur du navire, les jumeaux Castor et Pollux, le divin musicien Orphée et sa lyre, Thésée… Il y aura 87 argonautes masculins et une femme : Atalante.

La sorcière Médée les rejoindra plus tard.

Jason bénéficiera de la protection des déesses Héra, Athéna et Aphrodite pour son voyage, sans oublier Hécate. Par contre, Poséidon, Zeus et Ares auront un malin plaisir à lui mettre des bâtons dans les roues.

L’Argo quitte le port de Pagasae à Iolcos et vogue dans un premier temps vers l’île de Lemnos, entièrement peuplée de femmes. Grâce à l’aide d’Aphrodite, Jason et ses hommes séduisent les habitantes et passent un an sur place.

Le voyage se poursuit vers le pays des Doliones où ils combattent les gegeines, des monstres à six bras et, accidentellement, le roi Cyzicus ; Ensuite, ils délivrent le devin Phinéas des Harpies. Ce dernier les met en garde contre les Symplégades, rochers vacillants qui écrasent les bateaux.

Après l’aide d’Aphrodite, c’est au tour d’Athéna de protéger Jason et les Argonautes.

Ayant franchi la passe dangereuse et avoir fait fuir les Oiseaux de Stymphalle du dieu Arès, les Argonautes arrivent en Colchide.

Le roi Éétès refuse de se séparer de la Toison d’Or qui amène la prospérité dans son pays. Il impose toutefois à Jason plusieurs épreuves impossibles et mortelles: labourer une terre aride après avoir attelé un taureau aux sabots d’airain et crachant du feu, y semer les dents du dragon de Cadmos, desquelles germent des guerriers, les Spartoï (les « semés »), qui l’attaquent. Heureusement, il est aidé par la fille du roi, la magicienne Médée, tombée amoureuse de lui (grâce à la magie d’Aphrodite). Celle-ci lui fournit un baume protecteur contre les brûlures et le fer des taureaux, ainsi qu’une pierre faisant en sorte que les guerriers s’entre-tuent.

Mais le roi Éétès refuse de livrer le trophée, alors, Jason aidé des pouvoirs de Médée et de la musique d’Orphée, endort le dragon et s’empare de la Toison d’Or. Tout en sacrifiant au passage, le frère de Médée.

Le retour à Iolcos sera tout aussi aventureux, croisant le chemin de Circé, des sirènes, passant entre Charybde et Scylla. Jason épouse Médée, ensemble ils éliminent le roi Pélias mais devront abandonner le trône d’Iolcos et s’installeront en Corinthe.

Pour avoir délaissé son épouse au profit d’une jeune princesse Corinthienne, Jason subira la vengeance de Médée.

Il terminera tristement sa vie, désormais sans intérêt jusqu’à ce que Zeus y mette un terme. »

Élie rassemblera diverses reliques antiques rappelant l’aventure des Argonautes qu’il chérira toute sa vie.

Un mois après cette rencontre à l’hôpital, j’ai appris son décès.

La boîte trouvée sur le marché contenait la pierre que j’avais vue dans sa main : le disque d’Hylas. C’est ce qui m’a mis la puce à l’oreille. Il y avait aussi quelques antiquités grecques dont un kylix, une pierre de fronde portant un scorpion gravé (la Pierre de Médée), des dents d’une bestiole préhistorique probablement un mosasaure (les dents du Drakon), une amulette représentant la chouette d’Athéna (permettant d’obtenir un service de la déesse), un fragment de statuette en bronze figurant Héraclès, un pot en terre cuite contenant un curieux baume (le baume de Médée qui protège du feu et de l’acier ou l’airain) et quelques bricoles.

Les restes d’un rêve.

Je n’ai pas eu le cœur de voir ces reliques être dispersées à tous les vents et je les ai ramenées au Surnatéum. Après tout, on ne meurt vraiment que lorsque plus personne ne se rappelle de vous…

Toutefois, j’ai testé le baume sur mes paumes : il durcit la peau et me permet de broyer des lames de rasoir à mains nues sans me couper…

Et si le mythe rejoignait la réalité ?

+ Réalisé par Don Chaffey en 1963, avec les animations de ray Harryhausen.

*Signe d’appartenance au culte d’Hécate, déesse de la sorcellerie. Médée est filleule de Circé donc vouée comme sa tante au culte d’Hécate.

10/12/20

le Géant de Kirkenes (Jötunn)

Hiver 1940/41, le 11 novembre 1940 (pour être précis) Kirkenes au nord de la Norvège occupée, dans le cercle polaire arctique.

Les membres de la Wehrmacht – (der “Fünfprobablement  la Luftflotte 5 (ou le Jagdgeschwader 5* en devenir) – fêtent Fasching, le carnaval. Le froid est intense et mordant, mais ça ne les empêche pas de faire la fête. Certains soldats,  déguisés en “sauvages” et montés sur leurs skis, prennent la pose avant de rejoindre la parade, lorsqu’un étrange personnage, très grand et l’air peu commode, les rejoint… (Suite…)

29/11/20

Amulette apotropaïque phénicienne

Il s’agit probablement d’un pendentif phénicien en verre transporté par les armées d’Alexandre le Grand (328 BCN) en Bactriane, où il fut trouvé.
La fonction magique apotropaïque peut se comparer aux têtes du démon Pazuzu (Mésopotamie), Gorgoneion (monde gréco-romain) ou de l’amulette Gallo-Romaine publiée ailleurs sur ce site.

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26/11/20

Spirites, la peinture guidée par les esprits

L’exposition “Spirites, la peinture guidée par les esprits” s’installe au musée des Beaux-Arts de Chambéry. Elle ouvrira ses portes le 15 décembre 2020. Présentée pour la première fois au LaM de Villeneuve-d’Ascq, puis au musée Maillol de Paris, elle termine ici sa trajectoire culturelle.

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06/11/20

Oraison des Salamandres

Oraison (prière) apotropaïque, encre sur papier XIXe siècle, trouvée dans un petit livre de prières.

Cette Oraison des Salamandres se trouve entre autre dans l’ouvrage le Comte de Gabalis* et est régulièrement reprise depuis (Petit Albert, Clavicules, etc.), chez l’abbé Julio et Eliphas Lévi.

Nous avons une attraction particulière vers les remèdes magiques populaires.

*Cf. Le Comte de Gabalis, ou Entretiens sur les sciences secrètes, Paris, Barbin, 1670, p. 262-63.

29/10/20

Brisingamen

Dans la mythologie nordique, le collier des Brísingar (Brísingamen ou Brísinghamen en vieux norrois) est le collier de la déesse Freyja.
On dit que le roi des Nains, Alberich le lui donna.

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18/10/20

Pain des fées ou Fairy Loaf

Cet oursin fossile – un micraster – est utilisé depuis la plus haute Antiquité comme protection magique contre la foudre, les maléfices, les mauvais esprits…

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17/10/20

Fraiskette ou Fraisenkette

Amulette typique de la Bavière et de la Forêt Noire, la fraiskette est un chapelet composé d’un nombre impair d’amulettes diverses, censé protéger l’enfant contre les maléfices, les maladies, les sorcières, les fantômes et divers lutins. Probablement XVIIIe siècle.

Appelé aussi Chapelet contre les Convulsions épileptiques (dues à la consommation de l’ergot de seigle et au Mal des Ardents).

On trouve une mano fica (main-figue) sur celle-ci ainsi que des dents d’animaux, remède traditionnel pour aider l’enfant à supporter la sortie des dents. (Suite…)

Fatschenkind Trösterlein

Poupée de l’Enfant Jésus (tissu, papier mâché, vers 1850 ou avant) portant un texte. “Statue bénite d’enfant Jésus de l’hospice des orphelines remplacée par une en cire, cadeau de Charlotte Dewite, ancienne orpheline carton pierre grande valeure (sic)” (Suite…)