le Pixie de Crick Stone

Dans la série des boniments du Fairy Hawker se trouve cette intéressante anecdote.

En Cornouailles, il existe une pierre mégalithique trouée à taille humaine, que l’on appelle localement une holed stone.

Mên-an-Tol se trouve dans la péninsule  de Penwith, près du village de Madron. C’est la plus célèbre et la plus accessible des pierres trouées de Grande-Bretagne.

Le monument de Mên-an-Tol (qui signifie « la pierre trouée » en cornique) est au cœur de nombreuses légendes locales et rituels de guérison transmis depuis des siècles par le folklore de Cornouailles. Ce bloc monolithique de granit mesure environ 1,3 mètre de large pour 1,1 mètre de haut. Elle est percée d’un orifice de 50 cm.

Surnommée la « Crick Stone », la tradition voulait que l’on fasse passer les enfants souffrant de rachitisme, de tuberculose ou de scrofule à travers le trou central. Pour que le rituel fonctionne, l’enfant devait être passé nu, trois ou neuf fois, et généralement face au soleil (d’est en ouest). Les adultes utilisaient également la pierre pour soulager les douleurs lombaires ou les rhumatismes. Pour cela, ils devaient ramper à travers le trou trois ou neuf fois. Bien que l’étroitesse de l’orifice exige de ramper de profil ou de se glisser prudemment en avant, un adulte de corpulence normale ou un enfant peut s’y faufiler, à condition d’être assez souple.

Selon les récits locaux, le site est gardé par un Pixie (une créature féerique du folklore de Cornouailles) doté de pouvoirs magiques. On racontait que ce gardien bienveillant pouvait annuler les sorts des sorcières et guérir les maladies de ceux qui respectaient le lieu. Une autre légende raconte qu’une mère, dont l’enfant avait été volé et remplacé par un faux bébé féerique (un changeling) par les fées, fit passer la créature à travers le trou de Mên-an-Tol. Le rituel brisa le sortilège et lui permit de récupérer son véritable enfant.

Les habitants utilisaient parfois les deux pierres dressées situées de chaque côté du trou pour de petites divinations.

Fait très révélateur, le rituel de divination associé au monument consistait à poser deux épingles sur le dessus de la pierre pour lire l’avenir dans leurs mouvements. Les textes du XIXe siècle (notamment ceux du folkloriste Robert Hunt) précisent bien que ces épingles devaient être en laiton (brass), un alliage de cuivre et de zinc, et surtout jamais en fer, sous peine de faire fuir le gardien et d’annuler le présage.

Mon ami écossais Alistair McGregor souffrait légèrement du dos et désirait tester l’efficacité de la Pierre. Il ne se déshabilla pas  mais retira soigneusement tous ses objets en fer, puis passa trois fois à travers l’orifice central.

Toutefois, il oublia de retirer son Sgian-dubh, son poignard de bas. Après avoir effectué le triple passage rituel, il ne ressentit aucune véritable amélioration à ses douleurs lombaires. Au contraire, l’exercice avait un peu augmenté l’inflammation.

« Bof, ton truc de marche pas vraiment » me dit-il.

Mais son poignard en fer était maintenant remplacé par un poinçon en os.

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19/10/26