Note sur la mère de Coinneach Odhar

Note sur sur la mère du Brahan Seer, Coinneach Odhar.
Un soir, alors que la mère de Coinneach Odhar gardait des vaches près du cimetière de Baile-na-Cille, elle vit les esprits des morts quitter leurs tombes. Elle plaça un bâton sur la tombe de l’un d’eux — l’esprit d’une princesse norvégienne noyée — l’empêchant ainsi d’y retourner.
Pour que la mère la laisse enfin reposer en paix, le fantôme de la princesse lui révéla où trouver une pierre magique.
Suivant les instructions de l’esprit, elle trouva une petite pierre noire percée d’un trou en son centre (une pierre de fée ou adder stone). Elle l’offrit à son fils, Coinneach, qui acquit ses pouvoirs de prophétie en regardant à travers le trou.
Mais voilà ce qu’on n’ose pas dire.
Comme on ne garde pas les vaches près d’un cimetière la nuit, il semble que la mère de Coinneach Odhar – dont le nom précis n’est pas connu – fut elle-même une sorcière. Elle empêcha volontairement le fantôme de rejoindre sa tombe avant le lever du jour.
Dans le contexte des croyances des Highlands écossais, cette interprétation fait sens, tout en restant nuancée par les anthropologues.
Garder des vaches près d’un cimetière la nuit n’était pas une pratique anodine, en particulier la nuit de Samhain, celle où la frontière entre les morts et les vivants est ténue. Les cimetières côtiers ou paroissiaux possédaient souvent l’herbe la plus grasse, mais les locaux s’en tenaient éloignés après le crépuscule par peur des esprits. Le fait qu’elle s’y trouve, seule, à une heure indue, suggère qu’elle n’avait pas peur du monde invisible — un trait typique des rebouteuses, sages-femmes et praticiennes de la magie folklorique (wise women).
L’acte de bloquer la tombe avec un bâton (souvent décrit comme un bâton de coudrier, de sorbier ou d’épine noire, (des essences de bois protectrices contre les mauvais esprits) démontre qu’elle connaissait les règles et les faiblesses du monde des esprits. Si en plus, il s’agit de la canne de la Cailleach (décrite précédemment), le retour à la tombe est absolument impossible). La mère d’Odhar savait qu’un fantôme écossais (bòcan ou taibhse) doit impérativement regagner sa sépulture avant le chant du coq ou le lever du jour, sous peine d’être condamné à errer éternellement ou de perdre ses pouvoirs. Il s’agit d’un acte de manipulation délibéré et non d’un accident.
Si ses actes s’apparentent à de la sorcellerie, les récits folkloriques gaéliques évitent soigneusement le mot Ban-fhiosaiche / Bean Feasa. (femme de savoir) pour elle, pour deux raisons :
En Écosse, les sorcières étaient perçues comme ayant signé un pacte avec le Diable. La mère de Coinneach utilise une ruse purement humaine et opportuniste face à un esprit de la nature ou un ancêtre.
Pour que les prophéties de Coinneach Odhar soient perçues par le peuple comme un “don divin” ou une “double vue” légitime (An Dà Shealladh), il fallait que l’origine de la pierre magique vienne d’une bénédiction (ou d’une dette payée par un esprit) et non d’une lignée de sorcellerie maléfique, ce qui aurait immédiatement conduit à l’exécution de toute la famille.
Ses gestes sont ceux d’une femme initiée aux secrets de la nuit et de la terre, même si la légende a préféré lisser son image pour en faire une simple mère audacieuse.
C’est paradoxalement Coinneach Odhar lui-même (le devin de Brahan) qui a fini par être assimilé à de la sorcellerie. À la fin de sa vie, après avoir prédit des vérités dérangeantes pour la noblesse locale, il fut arrêté et exécuté par la terrible Lady Seaforth, qui le fit brûler vif dans un tonneau de goudron en l’accusant de pratiques démoniaques.
Le cimetière est un endroit particulièrement propice aux récits fantastiques et à l’atmosphère envoûtante.
* Le cimetière surplombe la spectaculaire baie d’Uig (Uig Sands), une immense étendue de sable blanc bordée de dunes et de collines sauvages. C’est exactement sur cette plage adjacente qu’ont été trouvées en 1831 les célèbres figurines de jeu d’échecs de Lewis, sculptées dans de l’ivoire de morse au XIIe siècle.

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16/10/26