Le Spagyriste et la Bohémienne

Dans l’entre-deux-guerres, la figure de l’herboriste de village n’a rien d’officiel. Il s’agit souvent d’une « ancienne », une grand-mère reconnue dans son hameau pour son art de cueillir, sécher et infuser la flore locale. On se presse chez elle pour apaiser les maux du quotidien — toux, fièvres ou coliques — à grands renforts de menthe sauvage, de sauge, de thym ou de consoude. Notre “faiseuse de secrets” partage sa vie avec le droguiste du coin, formant un duo d’apothicaires populaires. C’est à leur fils qu’elle choisit de transmettre ses secrets.

Ce jeune homme, initié au mystère des plantes, embrasse une voie plus sombre et mystérieuse : celle de la Spagyrie (ou du Thériaque). En digne héritier de Paracelse, il lie l’extraction des plantes à l’astrologie et à l’occultisme. En 1930, lors de la ferveur mystique de la nuit de la Saint-Jean à Villers-la-Ville, sa route croise celle de Sara, une très étonnante bohémienne, à la fois devineresse, diseuse de sorts et drabardi (sorcière des plantes). Subjugué par son charme et son talent, il découvre en elle une véritable âme sœur. Plus tard, en septembre 1935, c’est à Bruxelles qu’il introduira la jeune femme auprès du célèbre savant et métapsychiste athénien Angelos Tanagras.

Le père du Spagyriste posant fièrement devant les célèbres ruines de l’abbaye de Heisterbach (Kloster Heisterbach), située à Königswinter dans la région du Siebengebirge en Allemagne (vers 1900).

Dans la vallée de Villers-la-Ville, cette médecine végétale flirte constamment avec la foi catholique et la superstition. Quand les simples ne suffisent plus, les remèdes s’accompagnent de dévotions précises. On plonge ainsi les enfants souffrant d’ulcères ou de maladies de peau dans une vasque en pierre dédiée à sainte Madeleine, espérant une guérison miraculeuse. Le folklore local reste d’ailleurs hanté par la mémoire d’Olivier de Sombroste, cet ancien moine de l’abbaye, mi-religieux mi-folklorique, resté dans l’imaginaire collectif comme le rebouteux et guérisseur suprême de la contrée.

Cette pharmacopée villageoise coexiste directement avec les secrets des communautés nomades. Si les villageois consomment leurs propres herbes au quotidien, ils guettent avec impatience le passage saisonnier des bohémiennes pour acquérir des onguents mystérieux ou des racines rares venues d’horizons lointains, comme la mandragore ou l’edelweiss. En cette époque dépourvue d’officines scientifiques accessibles, la survie repose sur ces savoirs parallèles.

Flamboyante, la verdine de Sara veille sur le passage menant au camp des bohémiens. Véritable invitation au voyage, elle ouvre les portes de son univers magique tout en protégeant l’intimité du clan. C’est donc là que Sara et le Spagyriste se rencontrent pour la première fois. Ce dernier est immédiatement envoûté par la sorcière.

Lissa, la fille de Sara en 1948. Elle reprend l’activité de sa mère.

Prikaza, une lignée de sorcières.

Mandragore

Tambourin Divinatoire des Roms

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01/09/26