02/09/26
La première chose qui me fascina chez la jeune femme, ce fut son regard. Elle possédait des yeux d’un vert de jade, clairs et profonds comme deux éclats de lune saisis en plein jour, rendus plus vifs encore par le contraste saisissant avec son teint hâlé. Ses pupilles magnétiques semblaient lire à travers les âmes, portant en elles à la fois lumière et mystère. J’avais l’impression de reconnaître son visage, même si je ne l’avais jamais vu.
« Bonjour, me dit-elle, je suis Shonali. »
Je la fis entrer.
Elle venait pour s’informer sur un objet particulier du Cabinet de curiosités : le coffre aux poisons. Je lui racontai ce que je savais à propos de Sara, Lissa et la lignée des drabardis. (voir Prikaza*)
Elle examina avec une certaine excitation (et beaucoup de prudence) son contenu.
« Votre prénom est d’origine romani et signifie “Celle qui brille comme la Lune“, si je ne m’abuse. Avez-vous un lien particulier avec ce coffre ? »
Voici ce qu’elle raconta.
En 1963, Lissa donne naissance à une petite fille mais elle n’a pas le « don ». Lissa pense qu’elle est donc la dernière de sa lignée. Le père de la gamine est un ursari, un dresseur d’ours. Quand la drabardi quitte la kumpania pour se rendre à Auschwitz, en 1979, c’est son compagnon qui s’occupera de la fille, de toute façon elle a 16 ans et vient de se marier.
Elle prend le statut de Borza (terme romani pour désigner la belle-fille). Elle quitte la caravane familiale pour s’installer dans le clan de son mari. Elle ne reverra pas sa mère.
Mais le « don » n’a pas disparu, il a simplement sauté une génération.
En 1991, nait Shonali Tcharani. Elle reçoit une éducation traditionnelle à la fois classique et romani/sinti. Sa famille est désormais sédentaire, mais petit à petit, elle ressent le besoin de bouger, de voyager.
Vers 2012, elle croise le chemin de Jean-Pierre Canon (paix à son âme), propriétaire et fondateur emblématique de la librairie La Borgne Agasse à Ixelles qui lui fait découvrir les écrits de Tchalaï Unger (Etoile de Hongrie). Cette dernière est une écrivaine, une personnalité hors normes et pluridisciplinaire, qui mène une brillante carrière de journaliste, critique de cinéma et de musique, et s’impose comme une thérapeute, tarologue et chamane respectée. Même si ses écrits sont teintés de créations New-Âge, elle assume pleinement son rôle de drabarni /drabardi (terme rom désignant la femme médecine, celle qui guérit et connaît les secrets des plantes et des cartes).
Son livre Secrets de gitans : Carnets d’une drabarni (2001) est un recueil immersif qui lève le voile sur la spiritualité, la magie du quotidien et les remèdes traditionnels de la culture rom.
Shonali a l’illumination, elle veut tout savoir sur ses ancêtres. Malheureusement, Tchalaï est décédée. La jeune fille arrive à se procurer un exemplaire de son Tarot Tzigane, encore faut-il l’utiliser correctement.
Le libraire lui parle alors d’’un de ses clients qui a retrouvé et partiellement identifié un curieux coffre. Malheureusement, il n’a ni son adresse, ni son nom et ne peut l’aider. La seule chose certaine est qu’il habite à Bruxelles.
La piste est maigre.
En 2026, elle tombe sur le site virtuel du Surnatéum et prend rendez-vous avec le Conservateur.
Après avoir détaillé par le menu tout ce que je sais sur la lignée des femmes-médecines, je lui montre les différents jeux divinatoires utilisés par ses ancêtres.




Shonali me demande si je connais les méthodes secrètes qui entourent ces instruments. Je ne peux malheureusement pas utiliser les jeux de la lignée des sorcières, car ils leur ont été consacrés, mais j’ai mes propres versions.
Elle possède un petit objet qui me convainc qu’elle est liée aux Drabardis, mais il reste un test très simple à faire.
Elle va poser en un rang trois lames de son Tarot de Tchalaï qui la définissent. Puis elle devra tirer trois lames du tarot de Marseille de son ancêtre. Nous verrons si les oracles concordent. Si c’est le cas, elle possède le « don » et je lui confierai les arcanes.
Voilà le résultat, à vous de juger.
02/09/26