la recette du “Petit Albert”.

Dans « Les secrets du Petit Albert », grimoire magique de colportage, très apprécié depuis le XVIIe siècle, se trouve la recette de la Mandragore magique. Malgré l’interdiction de l’Eglise, ces petits fascicules se vendaient très bien sous le manteau.

L’auteur explique que malgré l’ignorance générale des campagnes, certains villageois possèdent des secrets surprenants pour faire fortune grâce à ce qu’ils appellent des mandragores.

Le narrateur raconte avoir logé chez un paysan autrefois misérable, devenu subitement très riche. Ce dernier lui avoue avoir sauvé une Bohémienne qui allait être battue pour le vol de quelques poulets. Pour le remercier, elle lui a enseigné le secret de la mandragore. Depuis ce jour, sa chance n’a cessé de croître au jeu et dans le commerce.

La méthode de la Bohémienne consiste à déterrer une racine de bryone* (une plante mimant la forme humaine) un lundi de printemps sous une bonne configuration astrologique (Lune conjointe à Jupiter et favorable à Vénus). Il faut ensuite enterrer cette racine pendant un mois dans la tombe d’un mort, l’arroser chaque matin avant l’aube avec du petit-lait où ont été noyées trois chauves-souris, puis la faire sécher au four et la conserver dans un linceul mortuaire.

*la Bryone est plus facile à trouver dans nos régions que la véritable mandragore. Cette dernière pousse dans les régions méditerranéennes.

Le texte évoque une autre sorte de mandragore, assimilée à des farfadets ou esprits domestiques invisibles. Le narrateur raconte avoir vu dans un château une étrille (brosse pour chevaux) s’activer toute seule sur la croupe d’un cheval. Le palefrenier lui explique qu’il s’est attaché les services de cet esprit pour vingt ans en signant un pacte avec le sang d’une poule noire, sacrifiée et enterrée à un carrefour.

Enfin, l’auteur rapporte avoir vu à Metz, chez un homme de confession juive, un petit monstre pas plus gros qu’un poing qui n’a vécu que cinq semaines mais a fait la fortune de son propriétaire en lui révélant en rêve l’emplacement d’un trésor caché. La recette, attribuée au médecin perse Avicenne, consiste à vider un peu de blanc d’un gros œuf de poule noire, à le remplir de semence humaine, à le sceller avec du parchemin, puis à le faire couver en mars sous les influences de Mercure et de Jupiter. À l’éclosion, la créature doit être nourrie dans une pièce secrète avec des graines d’aspic (lavande) et des vers de terre. Après sa mort, elle est conservée dans un bocal rempli d’esprit-de-vin (alcool fort).

Mandragore

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27/08/26