29/04/26
Carnet de bal historique provenant de la cour royale de Serbie, datant probablement de la fin du XIXe siècle.
La couverture de ce carnet de bal confirme son origine royale prestigieuse. Le monogramme doré « A » surmonté d’une couronne royale est celui d’Alexandre Ier Obrenović, roi de Serbie de 1889 à 1903.
Il s’agit du chiffre personnel du roi Alexandre (Aleksandar). Le style calligraphique avec des empattements travaillés est caractéristique des objets de la cour de la fin du XIXe siècle.
La Couronne représente l’autorité souveraine de la dynastie des Obrenović. Ce type de reliure luxueuse en tissu bleu avec des fers dorés était réservé aux cadeaux diplomatiques et aux invités de marque lors des réceptions au palais.
Le Cordon et le Gland permettaient aux dames de porter le carnet à leur poignet ou de l’attacher à leur éventail pour ne pas l’égarer pendant les danses.
Le règne d‘Alexandre Ier a été marqué par un faste certain à la cour de Belgrade, malgré les tensions politiques de l’époque*. Ces carnets étaient produits en nombre limité pour chaque événement officiel.
Le texte en cyrillique serbe sur la page de droite se traduit par :
РЕД ИГАРА : Ordre des danses (ou des jeux)
НА БАЛУ : Au bal
У КРАЉЕВОМ ДВОРУ : À la cour royale
Cette époque, notamment sous le règne de la dynastie Obrenović (comme le roi Milan et la reine Natalija), ces petits livrets étaient offerts aux dames à leur entrée au palais. Ils servaient d’aide-mémoire pour noter le nom des partenaires avec lesquels elles s’engageaient à danser tout au long de la soirée.
Le programme typique de ces bals royaux commençait souvent par une danse traditionnelle serbe, le kolo, suivie de danses de salon européennes classiques telles que la polka, la mazurka et la valse.
L’écriture penchée et élégante est typique de l’aristocratie et de la haute société de la fin du XIXe siècle.
Les Danses :
Les deux premières danses de la soirée, mêlent tradition nationale et élégance européenne :
Оро (Oro) : C’est une danse traditionnelle des Balkans, très proche du Kolo. Commencer le bal par un Oro était un acte patriotique fort, affirmant l’identité serbe de la cour face aux influences étrangères.
Валцер (Valcer) : Il s’agit tout simplement de la Valse. Après l’ouverture traditionnelle, la cour adoptait les standards de la haute société européenne, la valse étant alors la danse reine de toutes les cours, de Vienne à Belgrade.
Кадрил (Kadril) : Il s’agit du Quadrille. C’était une danse de société extrêmement populaire et codifiée, exécutée par des couples disposés en carré. Elle permettait beaucoup d’interactions sociales, car les danseurs changeaient souvent de vis-à-vis.
Pas de quatre : Écrit directement en français dans le texte original. C’est une danse élégante qui, comme son nom l’indique, se danse à quatre. À la fin du XIXe siècle, c’était une danse très en vogue dans les salons mondains pour sa grâce et sa légèreté. L’usage du français pour le “Pas de quatre” montre que le français était la langue de la diplomatie et de la haute société à la cour du roi Alexandre Ier, exactement comme à Paris ou à Saint-Pétersbourg.
Лансије (Lansije) : Il s’agit des Lanciers (ou Quadrille des Lanciers). C’était une variante très populaire du quadrille, particulièrement appréciée dans les bals de cour et les milieux militaires pour ses figures complexes et son allure noble.
Le fait que les Lanciers figurent au programme renforce l’idée d’un bal formel et prestigieux, car cette danse demandait une certaine maîtrise des protocoles de salon.
Валцер (Valcer) : Une nouvelle Valse. Comme c’était souvent le cas, les valses étaient répétées plusieurs fois au cours de la soirée, car c’était la danse préférée pour les échanges plus personnels et romantiques.
Србијанка (Srbijanka).C’est une danse extrêmement symbolique pour ce carnet :Identité nationale : Comme son nom l’indique (“La Serbe”), il s’agit d’une variante du kolo, la danse nationale serbe. C’est une danse en chaîne, vive et entraînante.
Placer une danse nationale après une série de danses européennes (valse, lanciers) permettait de réaffirmer la fierté patriotique avant la fin de la soirée ou une pause importante.
Sous les Obrenović, la Srbijanka était souvent la danse préférée pour clore une section du programme, car elle permettait à tous les invités, quelle que soit leur origine, de se rejoindre dans un mouvement collectif.
Le mot inscrit au centre, ОДМОР (Odmor), se traduit littéralement par « Repos » ou « Entracte ». Dans le contexte d’un bal royal à cette époque, cette page marquait une pause prévue dans le programme des danses. C’était un moment privilégié pour le buffet et les rafraîchissements , les invités pouvaient se restaurer et discuter de manière plus informelle.
C’était l’occasion pour les membres de la cour de faire de nouvelles connaissances ou de discuter d’affaires diplomatiques et sociales en dehors du tourbillon des valses ou du kolo. Le décor de cette page, avec sa couronne de roseaux et son nœud élégant, souligne le soin apporté à ces livrets, qui étaient de véritables objets de prestige offerts par la cour.
La huitième danse inscrite est le Котиљон (Kotiljon), soit le Cotillon en français. C’est une étape cruciale et très festive d’un bal de cour, le bouquet final : Le cotillon était généralement la danse qui clôturait la soirée ou une partie importante du bal. C’était une danse de groupe élaborée, dirigée par un “meneur de jeu”, mêlant valses, polkas et jeux de société.
Pendant cette danse, les invités s’échangeaient souvent de petits cadeaux, des fleurs ou des accessoires fantaisie (ce qui a donné le nom moderne de cotillons aux articles de fête).
Contrairement aux danses précédentes plus formelles, le cotillon était un moment de grande animation, de rires et parfois de légers flirts autorisés par l’étiquette. Le fait que cette page comporte une ligne horizontale en dessous suggère que le programme officiel de cette partie du bal s’arrêtait ici.
Note historique
*Le règne d’Alexandre Ier Obrenović (1889-1903) a été l’un des plus instables et dramatiques de l’histoire de la Serbie. Les tensions à la cour étaient permanentes et se jouaient sur plusieurs fronts Le scandale du mariage royal est le point de rupture majeur. En 1900, le roi Alexandre décide d’épouser Draga Mašin, une veuve de dix ans son aînée et ancienne dame de compagnie de sa propre mère.
Ce mariage scandalise l’armée, l’Église et la classe politique. Draga était perçue comme incapable de donner un héritier au trône, ce qui menaçait la survie de la dynastie.
Alexandre était un souverain autoritaire qui n’hésitait pas à suspendre la Constitution. Entre 1894 et 1903, il a mené plusieurs coups d’État “par le haut” pour changer les règles de l’État à sa guise. Il a aboli des constitutions libérales pour les remplacer par des versions plus autocratiques, s’aliénant ainsi les principaux partis politiques (notamment les Radicaux)
La Serbie était déchirée par la lutte entre les Obrenović (au pouvoir) et les Karađorđević (en exil). Les partisans des Karađorđević complotaient activement pour renverser Alexandre, perçu comme un roi faible et sous l’influence de sa femme
Toutes ces tensions ont culminé lors du “Coup de mai” en 1903. Un groupe d’officiers de l’armée, mené par Dragutin Dimitrijević (dit “Apis”), a pris d’assaut le palais royal. Le roi Alexandre et la reine Draga ont été brutalement assassinés, mettant fin à la dynastie des Obrenović.
Ce petit carnet de bal est donc un vestige d’une cour qui vivait ses dernières heures de splendeur avant de sombrer dans une violence qui allait changer le cours de l’histoire des Balkans.
(Nous avons pu détailler ces informations grâce à l’IA)
Le carnet fait partie des “reliques” trouvées dans la valise qui contenait la Princesse Russe. Il nous permet de déterminer que le géologue – le père de Marie – se trouvait en Serbie, avant d’aller prospecter en Russie puis en Chine.
29/04/26