Un Café pour Mlle Lenormand

Mlle Charlotte-Adélaïde attendait patiemment dans le couloir qui jouxtait le petit salon de la sibylle. Elle avait bravé les effroyables intempéries de ce mois de mai 1816 pour consulter la dame qui habitait là.

Elle était impressionnée par la réputation de l’occupante du 5 rue de Tournon (sur la Rive Gauche près de l’Odéon), tout le monde en parlait en bien. On chuchotait même que Joséphine de Beauharnais avait été sa cliente.

Flamermont, le serviteur, lui proposa une boisson chaude en attendant la voyante. Elle déclina poliment le café et la verveine mais accepta un chocolat. Ce breuvage avait le don de la calmer et elle en avait besoin.

Le domestique lui présenta un jeu d’images dans lequel elle devait en choisir une correspondant à la raison de sa visite. Il lui demanda également de ne pas montrer le sujet du dessin, ni à lui ni à Mlle Lenormand qui n’allait pas tarder à arriver.

Parmi les 36 gravures, elle retira le vaisseau puis cacha l’illustration.

Quelques minutes plus tard, Flamermont revint en portant un plateau.

Il ouvrit la porte du salon et fit entrer la demoiselle.

Mlle Lenormand l’attendait.

Charlotte-Adélaïde s’installa sur une chaise près d’un petit guéridon et son regard se porta sur les portraits de feus Louis XVI et Marie-Antoinette qui entouraient un globe terrestre, au-dessus d’une bibliothèque bien fournie.

Le serviteur lui servit le chocolat fumant dans lequel elle ajouta quelques épices pour en adoucir l’amertume.

Il posa devant la sibylle une tasse de café. Une très jolie tasse en porcelaine de Limoges sur laquelle étaient peints des myosotis et l’indication : « pour l‘amitié ».*

Il quitta ensuite la pièce en refermant soigneusement la porte derrière lui. Il n’avait échangé aucun mot avec la devineresse.

Cette dernière salua amicalement la jeune fille. Puis, après avoir bu une gorgée de café, regarda dans le fond de sa tasse et annonça la chose suivante.

« Je vois un voyage lointain, au-delà des mers où une nouvelle vie vous attend. Peut-être vers un comptoir en Afrique. Votre voyage sera mouvementé mais se terminera bien. Toutefois, vous reviendrez en France et publierez un livre de voyage dans lequel vous raconterez vos péripéties. Vous aurez des enfants et voyagerez encore avant de vous installer définitivement sur une terre lointaine.

Un détail toutefois, la Gorgone veille sur votre destinée, je ne vois pas clairement comment, mais sa présence est certaine. »

Charlotte-Adélaïde Picard eut un mouvement de recul. La frégate sur laquelle elle embarquerait bientôt avec son père vers le Sénégal s’appelait « la Méduse ». Et les voyages en mer étaient parfois hasardeux…

  • Tasse et soucoupe en porcelaine de Limoges (1810 – 1820) attribuée à Mlle Lenormand. Probablement le cadeau d’une admiratrice.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charlotte-Ad%C3%A9la%C3%AFde_Dard

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_M%C3%A9duse

| Revenir aux articles

11/01/21