Ongon Bicéphale

FIGURINE SIAMOISE CHAMANIQUE
fin XIXe – début XXe siècle d’ethnie ENETS (achetée à IRKOUTSK (Sibérie) ; accroché dans le dos sur le manteau d’une femme chamane, il servait d'”ancre spirituelle” dans les rites guérisseurs. »

L’ethnie Énets (également orthographiée Énettes, Enets ou anciennement Samoyèdes de l’Ienisseï) est l’un des peuples autochtones les plus petits, les plus rares et les plus septentrionaux de toute la Sibérie arctique.

Les Énets vivent principalement dans la péninsule de Taïmyr, le long du cours inférieur du fleuve Ienisseï, bien au-delà du cercle polaire. C’est un peuple nomade qui vit traditionnellement de la chasse au renne sauvage, de l’élevage de rennes et de la pêche. Aujourd’hui, leur population est critique : on ne compte plus que quelques centaines d’individus (environ 200 à 300 personnes), et leur langue est en voie d’extinction rapide.

Le chamanisme Énets partage des racines linguistiques et spirituelles communes avec leurs voisins Samoyèdes (les Nénets et les Nganassans). Chez eux, le monde est divisé en plusieurs strates (le monde d’en haut, le monde du milieu où vivent les hommes, et le monde d’en bas).
Leurs chamanes se divisaient historiquement en trois catégories bien distinctes :

Les Budtode : Pouvaient communiquer avec les esprits célestes.

Les Dyano : Protégeaient les humains contre les esprits malveillants.

Les Savode : Communiquaient directement avec le monde des morts.

L’ongon était probablement  attaché à une chamane  Dyano (parfois associés à la catégorie Dijano/Sambana) qui avait précisément pour rôle principal de guérir les malades et de protéger activement les humains contre les attaques des esprits malveillants.

La particularité des femmes chamanes

Comme le mentionne l’étiquette, cet ongon appartenait à une femme chamane. En Sibérie, si les fonctions rituelles étaient souvent masculines, les femmes qui accédaient au statut de chamane (souvent après une longue maladie initiatique) étaient considérées comme particulièrement puissantes, notamment pour les rites guérisseurs et l’accompagnement des âmes lors des accouchements ou de la mort.

Pourquoi était-il « accroché dans le dos » ?

Le manteau d’une chamane fait office d’armure cosmique. Le dos est une zone symboliquement vulnérable aux attaques invisibles des esprits extérieurs. Fixer cette figurine siamoise en fer au niveau des omoplates permettait de protéger les arrières de la chamane pendant qu’elle faisait son rituel de face. Elle servait aussi d’ancre spirituelle, retenant l’âme de la chamane au monde du milieu (la Terre) pour l’empêcher de se perdre ou de sombrer définitivement lorsqu’elle voyageait en transe dans les mondes inférieurs pour guérir un malade.

Dans le chamanisme sibérien, la présence de deux têtes ou d’un motif double (bicéphale) sur un objet rituel revêt plusieurs significations spirituelles majeures :

La vision dans deux mondes (Omniscience)

Le chamane est un intermédiaire qui voyage constamment entre le monde des humains (le monde visible) et le monde des esprits (le monde invisible). Avoir deux têtes symbolise la capacité de regarder simultanément dans ces deux réalités. Cela lui confère une forme d’omniscience nécessaire pour repérer les esprits malveillants cachés ou pour guider les âmes.

Le couple d’esprits auxiliaires (Les jumeaux)

Les motifs doubles représentent très souvent un couple d’esprits protecteurs (les érenes ou esprits auxiliaires) attachés au chamane. Ces esprits agissent comme des gardiens ou des intercesseurs. Le fait qu’ils partagent le même corps en métal montre qu’ils sont indissociables et fusionnés avec l’énergie du chamane.

La dualité et l’équilibre cosmique

Les cultures sibériennes sont profondément marquées par des concepts de dualité : (Le jour et la nuit, la vie et la mort, le principe masculin et le principe féminin.

Les deux têtes incarnent cette complémentarité des forces opposées. Elles veillent à maintenir l’harmonie et l’équilibre au sein du clan ou du patient que le chamane tente de guérir.

Boite de Chaman Darkhad

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18/06/26