08/04/26
Ensemble d’objets ayant appartenu à un sadhu (saint Homme) du Gujarat. Il se compose de divers éléments que nous décrirons ici.
Padukas
Les padukas sont la forme de chaussure la plus ancienne d’Inde et d’Asie du Sud.
Traditionnellement sculptées dans le bois, elles se composent d’une semelle et d’un bouton (ou cheville, ici en ivoire) qui se place entre le gros orteil et le deuxième orteil pour maintenir la chaussure en place. Le bouton est ici en ivoire.
Dans la dévotion hindoue, ces empreintes sont appelées Paduka Chihna. Elles ne sont plus de simples traces d’usure, mais la preuve matérielle du passage du saint homme sur terre. Pour les fidèles, toucher ou vénérer ces empreintes permet d’entrer en communion directe avec la bénédiction (shakti) de l’homme saint.
Elles sont souvent placées sur un autel dans les maisons ou les temples. Les fidèles effectuent des rituels (puja) en les baignant ou en leur offrant des fleurs pour demander protection et paix intérieure.
Portées historiquement par les saints, les ascètes et les yogis, elles symbolisent la sagesse et la grâce. Le terme “Charan Paduka” désigne également les empreintes sacrées des divinités.
Traditionnellement, le dévot place les annulaires de chaque main sur les boutons des sandales en saluant son gourou. (Mantra du Gourou) Dans ce cas précis, lié à Shiva, il récite le mantra le plus puissant pour “éveiller” la présence du maître :”Om Ham Sah Prashantatmane Shri Gurave Namaha” : On salue le Gourou dont l’âme est en paix absolue (Shiva).
Il peut également utiliser “Om Namah Shivaya“. Puis, tracer trois lignes horizontales de cendres sacrées (Vibhuti) sur le bois des Padukas, symbolisant ainsi la destruction de l’ego.
Kamandal
Un kamandal (ou kamandalu) est un pot à eau traditionnel, généralement muni d’une anse et d’un bec verseur, originaire du sous-continent indien.
C’est un objet emblématique de la vie spirituelle en Inde : Il est porté par les sadhus (ascètes hindous), les yogis et les moines jaïns.
Le kamandal représente une vie simple, austère et détachée des biens matériels. Il sert à conserver de l’eau purifiée (comme l’eau du Gange) pour les ablutions, les prières (puja) ou la consommation quotidienne.
De nombreuses divinités hindoues, telles que Shiva ou Brahma, sont représentées tenant un kamandal, soulignant leur nature ascétique.
L’inscription sur cet objet est en gujarati, une langue parlée principalement dans l’État du Gujarat, en Inde.
Elle se lit comme suit :દેસાઈ હ. કુ. ભટારકર સુરત( : Desai H. Ku. Bhatarkar Surat
L’indication qu’il s’agit du kamandal d’un saint homme confirme la valeur spirituelle de cet objet. Le kamandal est l’un des rares biens que possède un ascète (Sadhu), utilisé pour transporter l’eau bénite destinée aux rituels, aux ablutions ou à la purification.
Ce kamandal a vraisemblablement été offert par M. H. Kumar Desai, un membre de la noblesse locale de Surat, un “prince” issu de la lignée des Desai, qui régnait sur une juridiction spécifique (possiblement liée à Bhatar, un Bhattarak ), un dévot de la haute société de Surat, à un ascète lié à la lignée ou au quartier de Bhatar. L’objet servait ainsi de lien sacré entre le monde matériel (la famille donatrice) et le monde spirituel (le saint homme ou sadhu)
Ce kamandal n’est pas un simple pot à eau ; c’est un cadeau offert par un noble de Surat à un maître spirituel de haut rang. C’est un pont entre le pouvoir temporel d’un “rajah” local et l’ascétisme d’un saint homme.
Shiva Linga et Langue de Kali
Cet antique Shiva Linga en bois est une boîte contenant « la langue de Kali », une gemme de sel rouge des Himalaya.
Le Shiva Linga (ou Lingam) est l’un des symboles les plus profonds et les plus complexes de l’hindouisme. Contrairement à une interprétation simpliste, il ne représente pas seulement un symbole de fertilité (le sexe de Shiva), mais une réalité métaphysique globale.
Le mot Linga signifie littéralement “signe”, “marque” ou “emblème”. Il représente l’Absolu sans forme (Nirguna Brahman), la réalité ultime qui n’a ni commencement ni fin. Sa forme cylindrique et arrondie symbolise l’infini : c’est un pilier de lumière sans limites (le Jyotirlinga)
Le Linga est presque toujours placé sur une base circulaire appelée Yoni (ou Pitha).
Le Linga représente Shiva, la conscience pure, l’aspect statique et masculin de la création.
La Yoni représente Shakti (ou Parvati), l’énergie cosmique, l’aspect dynamique et féminin.
Leur union symbolise la non-dualité. La création n’existe que par l’union inséparable de la conscience (Shiva) et de l’énergie (Shakti).
Mais le plus étrange est la langue de Kali contenue dans ce reliquaire.
Le sel gemme rouge (souvent du sel naturel de l’Himalaya) est considéré dans l’ayurvéda et le tantrisme comme la forme la plus pure de sel. La “Langue de Kali” de couleur rouge sang et sa forme cristalline évoquent immédiatement la langue de la Déesse. Dans le rituel, le sel représente l’élément Tattva (l’essence) qui absorbe les énergies négatives. On croit que le sel rouge “boit” les impuretés de l’environnement, tout comme Kali avale le sang du démon Raktabija* pour purifier le monde.
En Inde, on parle simplement de la Lolling Tongue (langue pendante) ou de la langue écarlate. Son geste de tirer la langue est lié à deux mythes majeurs :
La honte (Lajja) : Prise d’une fureur destructrice, elle réalise qu’elle a piétiné son époux Shiva et tire la langue par un geste instinctif de pudeur et de regret.
*La soif de sang : Lors du combat contre le démon Raktabija, elle déploie sa langue sur tout le champ de bataille pour avaler chaque goutte de sang avant qu’elle ne touche le sol, empêchant ainsi le démon de se multiplier.
Yantras
Ces très anciens Yantras en cristal de roche (quartz hyalin) sont des objets de géométrie sacrée issus des traditions spirituelles d’Asie du Sud, principalement de l’Inde ou du Népal.
L’objet à gauche de la sélection (le plus grand) semble porter une gravure simplifiée ou une variante du Sri Yantra, l’un des diagrammes les plus puissants de l’hindouisme représentant l’union du masculin et du féminin divins.
Les objets sphériques à droite sont des versions tridimensionnelles de yantras, souvent appelés “Meru” lorsqu’ils sont sculptés en volume dans du cristal.
Le cristal de roche est choisi pour sa capacité à amplifier les énergies et sa pureté symbolique. Ces objets servent de supports de méditation (Dharana) pour focaliser l’esprit et harmoniser l’environnement.
La Symbolique Protectrice des Triangles
Sur ces pierre, les triangles entrelacés forment ce qu’on appelle souvent le Shatkona Le Triangle vers le haut : Représente Shiva (l’énergie masculine, le feu, la protection).
Le Triangle vers le bas : Représente Shakti (l’énergie féminine, l’eau, la fertilité).
L’union des deux crée un équilibre parfait qui, selon la tradition, empêche les forces destructrices de pénétrer le champ d’influence de l’objet.
Divers
On aperçoit à gauche des colliers de perles, des Mala faits de graines de Rudraksha. Ces chapelets de 108 perles sont utilisés pour la récitation de mantras et la méditation: L’objet blanc en bas à droite est une conque.(Shankha). Elle est soufflée au début des cérémonies pour inviter les énergies positives et chasser les influences négatives. Malgré que la conque est plutôt utilisée par des dévots de Vishnou, elle fait partie, dans ce cas précis, d’un sadhu lié à Shiva.
Un trident, le Trishula et un damaru (petit tambour à deux peaux accompagnent l’ensemble.
Note/Certains éléments nous laissent penser que ces objets peuvent être liés à Rang Avadhoot Maharaj (1898–1968) , appartenant au Datta-panth (la lignée de Dattatreya) et est crédité de l’expansion massive de ce courant au Gujarat.
08/04/26