Irma

Boîte à couture d’une fille aux doigts de « fée » contenant également un jeu de cartes divinatoires de la fin du dix-neuvième siècle. Une ancienne boucle d’oreille grecque en or et émeraude datée vers le quatrième siècle BCE, des ciseaux fins et divers dés à coudre rehaussent le contenu de la boîte. Un album souvenir de la croisière d’études accompagne l’ensemble.

Dossier : Témoignage de Mlle Verijdt

Ma sœur et moi-même avons eu en 1929 l’occasion de faire une croisière d’études en Grèce, dans les Cyclades et en Crète.  Cela restera un des grands souvenirs de notre existence. Le voyage se déroulait du 29 août jusqu’au 13 septembre, un vendredi… Ce détail m’a toujours marquée, comme si le Destin se moquait de nous.

Le bateau s’appelait ELLI DASKALAKI et pouvait transporter 130 passagers. Cette croisière était organisée sous le Haut Patronage du Ministre des Sciences et des Arts, du Ministre de Belgique en Grèce et du Chargé d’Affaires de Grèce en Belgique. L’organisation matérielle avait été confiée à l’Agence ACROPOLIS TOURIST OFFICE à Athènes.

Mais c’était surtout monsieur Fernand Mayence, professeur à l’Université de Louvain et Conservateur des Musées Royaux du Cinquantenaire de Bruxelles qui supervisait tout.

Le bateau partait de Brindisi, puis passait par Corfou, Itéa, Delphes, Corinthe, Eleusis, Phalère, Athènes, la Crète, Egine, Nauplis, Délos, Sparte, Candie Gytheion, Catacolo, pour revenir à Brindisi.

Les prix de la croisière étaient exceptionnellement abordables et les professeurs avaient priorité pour s’inscrire. Nous nous sommes rapidement inscrites et avons choisi une cabine à deux lits. J’ai oublié de vous préciser que nous étions institutrices, mais ce n’est qu’un détail…

Nous nous sommes rendues à Brindisi par nos propres moyens, puis sommes montées sur le bateau qui affichait complet. Même si deux passagers étaient absents.

Le voyage a commencé et dépassa rapidement nos attentes les plus fortes. Corfou, l’île de Lesbos, l’île d’Ulysse… la mythologie et l’Histoire grecques défilaient sous nos yeux. Nous passions de paysages exceptionnels aux musées et sites sans à aucun moment éprouver la moindre lassitude.

À bord, nous avons eu ensuite l’occasion d’échanger nos impressions avec les autres passagers. Rapidement, nous nous sommes liées d’amitié avec Camille. Elève du professeur Mayence, il venait de terminer ses études et ce voyage marquait le passage entre sa vie d’étudiant insouciant et celle d’adulte. En plus, sa famille habitait près de chez nous, c’est un détail qui aura son importance plus tard.

 

Fils de bonne famille de la bourgeoisie belge, le jeune homme s’était vu offrir cette magnifique occasion de découvrir le monde à la fin de ses études. C’était un joli garçon avec des cheveux noirs bouclés et un sourire charmeur. N’importe quelle fille en serait tombée amoureuse. Professeur de latin-grec fraîchement émoulu et féru d’histoire antique, il allait partir durant une année entière à la rencontre des lieux et monuments qui matérialiseraient ses rêves d’adolescent. L’Iliade, l’Odyssée, César, Alexandre le Grand, les dieux de l’Olympe, tout se mêlait dans l’enthousiasme de son départ. Il marchait enfin dans leurs traces. Il était le plus passionné de nos compagnons. Ce voyage était la première étape d’un long périple, son Grand Tour. Au retour de son année sabbatique, il enseignerait les langues anciennes dans une école bruxelloise.

Toute l’Antiquité revivait sous ses yeux.

A Délos, il a disparu du groupe. Une jeune fille sortant de Dieu sait où, nous a avertis qu’il était blessé à la jambe et nécessitait un peu d’aide pour rejoindre le bateau. Il ne fallait pas s’inquiéter de son sort. Le professeur Mayence devint blême quand il aperçut la femme, comme s’il la reconnaissait. Je l’ai entendu murmurer “C’est impossible!“, mais ne put en tirer d’autre information sur le moment. Delos était un lieu où le professeur avait déjà passé énormément de temps à effectuer des fouilles  quelques années auparavant et l’île n’avait plus de secrets pour lui. Il avait même mis à jour la maison “dite” de Cléopâtre et celle de Dioscoride.

La tradition voulait que personne ne pouvait naître ni mourir sur l’île, Athènes qui n’avait pas respecté ce tabou avait été frappée d’une épidémie de peste durant les guerres du Péloponnèse (430-426 BCE), ce qui avait entraîné la fin de l’Age d’Or et la domination athénienne en Grèce. Les oracles firent alors vider toutes les tombes de l’île – une catharsis – pour honorer Apollon et demander son pardon. Les corps furent transportés sur l’île voisine de Rhénée qui devint de ce fait une importante nécropole. On y vénérait Artémis/Hécate et les déesses limitrophes.

Fernand Mayence n’allait évidemment pas abandonner Camille à son sort, mais les marins devenaient nerveux et ne voulaient pas rester sur l’île à la nuit tombée. Ils étaient morts de peur à cette idée, pensant que l’île d’Apollon était hantée. J’ai même entendu prononcer le mot “magissa“, sorcière.

Deux personnes de notre groupe allèrent à la rencontre de Camille pour l’aider. Heureusement, le jeune homme réapparut, boîtant, avant le départ de l’île et nous reprîmes le bateau pour Candie (Crête).

La jeune fille ne monta pas à bord avec nous, elle retournait à Rhénée, l’île voisine, en forme de sablier, où elle habitait. Avant de partir, elle donna à Camille un petit flacon (apparemment très ancien) contenant un remède, en lui disant d’en prendre jusqu’à ce que ses douleurs aient disparus. Le professeur Mayence continuait à observer  la fille avec une attention soutenue et un immense curiosité. Il était clair qu’il en savait plus qu’il ne le disait, mais nous n’en avons rien tiré d’autre.

Le professeur Mayence nous a simplement dit qu’il avait rencontré cette femme en 1903, dans des circonstances similaires – (un accident d’un ouvrier sur Delos) -, mais qu’elle n’avait pas vieilli. Peut-être était-ce sa fille.

La suite de l’histoire, c’est Camille qui nous l’a racontée.

 

 

D’après le témoignage de Camille

Je rencontrai la jeune fille sur une minuscule île des Cyclades, Délos, le berceau d’Apollon et de sa sœur jumelle, Artémis/Hécate. Cet ilot, autrefois un lieu d’échanges commerciaux incontournables, était désormais quasiment inhabité. Personne n’aurait osé y passer la nuit, le soir les travailleurs retournaient sur l’île voisine de Rhénée ou celle de Mykonos.

Nous étions le 9 septembre 1929, et devions visiter les ruines et le musée à pied. Mais j’avais eu vent d’un site inexploré sur l’île, sur le petit Mont Kynthos, et désirais m’y rendre seul.  Je quittai le groupe, promettant d’être de retour à l’heure pour le départ du bateau.

Les rares occupants de l’île me déconseillèrent de m’aventurer dans ce coin, on disait que des vieilles femmes appelées les sorcières – qui portaient le mauvais œil – se cachaient là-bas. En évoquant le lieu, les anciens crachaient par terre en disant « Mashala » comme pour chasser une malédiction. 

Je m’aventurai sur les sentiers escarpés de l’île, près des ruines d’un sanctuaire  oublié. Sur un mur, on devinait les traces d’une gravure représentant trois femmes. Le vent marin n’avait pas épargné grand chose. Mais le site dégageait une impression de présence, de hantise, quelque chose lié à la nature même de la vie et la mort. Pris par une émotion assez forte, je coupai quelques fleurs en offrande aux déesses honorées autrefois à cet endroit, ajoutai une boucle de cheveux et déposai le tout sur la pierre.

Je me rendis compte qu’il était temps de retourner au bateau et repris le chemin du retour.

Mais, trop pressé, je glissai sur une pierre lisse, perdis pied et fis une chute de plus de dix mètres. Ma tête heurta la roche, et je sombrai dans les ténèbres.

Dans un état second, j’eus l’impression d’entendre  des voix chuchoter entre elles. « Il est perdu, vous ne pouvez pas le ramener, c’est interdit. Son Destin s’achève ici, comme il a toujours été prévu… »

« Je fais encore ce que je veux. » répondit une voix d’une incroyable douceur.

Puis, je m’évanouis.

A mon réveil, je vis le visage parfait d’une jeune fille. Elle avait la beauté d’un ange et le charme délicat d’une habitante de Féerie.

Ce fut comme si tous mes rêves devenaient réalité. J’en tombai immédiatement fou amoureux ; le coup de foudre absolu.

J’essayai de lui parler en grec ancien, le seul que je connaissais et elle me répondit dans la même langue. Le vocabulaire qu’elle utilisait semblait terriblement archaïque, bien plus ancien que celui de l’Iliade et l’Odyssée.

«  Ne bougez pas. Vous êtes sans conscience depuis un moment et vous avez failli mourir. Mais je ne l’aurais pas permis.  De toute façon, la tradition sacrée veut qu’il soit interdit de naître et de mourir à Délos.

 Ne soyez pas étonné, je parle de nombreuses langues. »  continua-t-elle en français avec une moue énigmatique.

« Votre jambe est abîmée, et vous devrez vous déplacer lentement. Je vous ai fait un emplâtre mais il faudra un peu de temps pour vous remettre complètement. Malheureusement, cette partie de l’île est très isolée, je vais prévenir vos compagnons de voyage que vous aurez un peu de retard.”

Elle revint avec deux personnes du voyage. Prenant appui sur une canne improvisée, je finis par rejoindre le groupe de voyageurs et tout le monde remonta à bord du bateau. La jeune femme ne nous accompagna pas.

Je guérissais vite et mes douleurs ne furent bientôt plus qu’un mauvais souvenir. A bord, nous avions un médecin, le Dr Conreur. Il examina mes blessures et ne comprenait pas comment j’avais pu survivre à ma chute. Ma jambe se remettait rapidement et un hématome important à la tête disparaissait à vue d’œil. Les blessures semblaient guérir à une vitesse inhabituelle.

Le voyage continua sans autre incident. Le dernier jour à Brindisi, un petit évènement fortuit me fit changer d’avis: un papillon sphinx se posa sur mon épaule, puis tournoya un peu autour de moi. et s’envola en direction de Delos. C’est à ce moment que je pris la décision de ne pas rentrer ni poursuivre mon Grand Tour. Je retournai à l’île de Rhénée pour rejoindre la fille. Elle m’obsédait.

Il n’y avait qu’une vingtaine d’habitants sur l’île et je la retrouvai dans une petite maison assez isolée avec ses deux sœurs.

Elle me reconnut mais curieusement, elle refusa de me donner son nom. Mais elle m’invita à loger sur place. Et nous fîmes plus ample connaissance.

Elle vivait  de travaux de couture et du filage de la laine avec ses sœurs. Parfois, elle prédisait le futur pour des visiteurs qui se déplaçaient de Mykonos spécialement pour ça, elle avait vraiment un don. Comme guérisseuse, elle soignait divers maux et cherchait parfois sur l’île de Delos des plantes qu’on ne trouvait pas ailleurs. En particulier une variété de laurier (laurus nobilis). C’est comme ça qu’elle m’avait trouvé.

Nous échangeâmes sur notre passion commune pour l’Histoire ancienne, elle semblait en connaître plus que moi sur le sujet. Elle évoquait les héros de l’Antiquité comme si elle les avait connus personnellement. Hercule était un peu rustre, Thésée un séducteur impénitent. Mais elle avait une véritable passion pour Achille qui avait choisi une vie courte mais glorieuse plutôt qu’une vie longue et sans éclat. Elle ne dédaignait pas non plus Ulysse. Elle gardait certaines trouvailles dans une petite boîte au trésor.

Ses yeux clairs semblaient lire dans mon cœur à livre ouvert. Parfois, on décelait dans son regard, un éclair d’inflexibilité, une dureté inouïe mais qui passait rapidement. Apparemment âgée d’une vingtaine d’années, elle semblait être hantée par une âme très ancienne.

Je ne pouvais plus imaginer vivre sans elle et lui demandai sa main. Elle accepta avec enthousiasme de vivre avec moi. Mais elle refusa le mariage. Ses deux sœurs, par contre, s’opposaient violemment à son départ. Nous partîmes donc en catimini par un beau matin.

Elle avait pour seul bagage quelques bricoles auxquelles elle tenait et  un petit objet qu’elle me cacha. Tout tenait dans un mouchoir noué. Pour le reste, nous achèterions le nécessaire en chemin.

Comme cela, mes sœurs ne me retrouveront pas. Et puis c’est un cadeau de la vieille Enyo. J’y tiens.” dit-elle.

Nous rentrâmes en Belgique.

Lors du voyage de retour, à bord du train, j’insistai pour connaître enfin son nom. Souriante, elle eut une réponse curieuse.

On m’a donné beaucoup de noms et je n’en ai aucun. Quand tu m’appelles ta fée, tu ne crois pas si bien dire. Et tu sais que les fées ne découvrent jamais leur nom aux humains, ça leur donnerait trop de pouvoir. Toutefois, un des noms qu’on m’attribue peut s’écrire en 5 lettres.”

Elle posa sur la tablette cinq morceaux de carton sur chacun desquels était inscrite une des lettres de son nom.

Retires-en une que tu ne liras jamais. C’est un tabou que je t’impose, brise-le et ce serait la fin de notre relation. Avec les lettres restantes, compose-moi le nom qu’il te plaira de me donner.”

Les 4 lettres restantes permirent d’écrire Irma.

« Irma me convient très bien. ajouta-t-elle. Pour sceller notre union et notre pacte, je vais t’accorder un don unique. »

Elle alla chercher un jeu de cartes divinatoires acheté le matin même et le mélangea.

Le Destin de chacun est inscrit dans ces cartes. Si on mélange ce jeu, l’ordre apparemment aléatoire qu’il va prendre dévoilera le passé et l’avenir du consultant. Pour toi, je vais modifier le Destin. Retire sans la regarder une de ces cartes et place-la sous la lettre cachée de mon nom. Ne consulte jamais ni l’une ni l’autre. Tu me perdrais à tout jamais.”

Je jurai de ne jamais manquer à ma parole.

 

Naissance de la légende d’IRMA

Trente années passèrent.

Camille était devenu directeur d’école et travaillait en collaboration étroite avec les musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles.

Sa fascination des mondes perdus ne l’avait jamais quitté.

Irma ne prenait pas une ride et se passionnait pour cette civilisation qu’elle découvrait tous les jours. La couture et la lecture des contes et légendes semblaient être ses deux plus grands passe-temps. Dans de très rares occasions, elle tirait les cartes pour l’un ou l’autre ami de la famille. Avec une justesse étonnante. On appelait parfois Irma pour deviner le destin des nouveau-nés. Elle nouait alors un fil d’or autour de leur petit poignet en leur souhaitant une bonne vie.

Un détail curieux frappa Camille: Irma ne comprenait pas à quoi servaient les montres. Elle portait celle qu’il lui avait offerte – et qui venait de sa mère – plutôt comme bijou que comme objet utilitaire, car la mécanique grippait chaque fois qu’elle la touchait. Elle portait toujours en sautoir une sorte de médaillon, comme un petit trésor personnel.

Camille non plus n’éprouvait pas les habituels embarras de l’âge qui avance et se sentait toujours en pleine forme.

Tout se passait merveilleusement bien. Seul un mystère demeurait. Elle cachait dans un œuf en bois de corossol l’objet dérobé à ses sœurs, avec son matériel de couturière et son jeu de tarot.

Un jour, lors d’un rangement, Camille tomba par hasard sur la boîte de couture. Un souvenir lui revint en mémoire qui déclencha une curiosité sans nom. Qu’est-ce qu’Irma cachait dans l’œuf ? Le “Tabou” ne s’appliquait pas à cet objet. Qu’avait-elle dérobé à ses “sœurs” ?

Profitant de l’absence de sa femme, il dévissa l’œuf et y trouva… un œil de verre.

Celui de la vieille Enyo, une Grée, mère des Gorgones de la mythologie grecque, il fut un temps dérobé par Persée. Camille n’en revenait pas.

Intrigué, il retira de son bureau une enveloppe qui contenait la lettre manquante du nom d’Irma et la carte de tarot.

Après autant de temps passé ensemble, elle lui pardonnerait cet écart. Il prit connaissance de la lettre cachée. Il avait toujours pensé qu’il s’agissait du “e” de Marie ou du “a” de Maria, mais c’était la lettre O. Symbole du néant ou du tout, l’Omega ou l’Omicron grec.

A titre de jeu, il combina Irma et O, et obtint Moira.

Le nom des Parques, les Moires en grec. Clotho, Lachésis et Atropos, les fileuses du Destin, celles qui connaissent tout, passé, présent et avenir et possèdent le don de prophétie. Les Fatae des Latins: Nona, Decima, Irma (Morta)?, les premières des fées dont les sentences sont impitoyables. Un frisson glacé lui parcourut l’échine accompagné d’un sentiment de sacrilège. Moira a pour sens premier “Destinée

A ce moment, Irma entra. Horrifiée par cette trahison, elle le foudroya du regard et dit d’une voix triste, dans sa langue grecque archaïque :

Mes sœurs m’avaient prévenue que l’on ne peut faire confiance aux mortels, tu viens de me perdre pour toujours. Et si tu veux tout savoir, des trois, je suis prêtresse d’Atropos, l’Inflexible. Tu as brisé ton serment, sois puni.”

Elle prit ses petits ciseaux de couturière, et coupa un invisible fil. Elle retira également le bijou qu’elle portait en sautoir et la posa sur la table.

La jeune femme s’enfuit en larmes. Plus personne ne la revit jamais.

Camille désespéré retourna la carte de tarot cachée, celle retirée de son destin, et découvrit la Mort. Le petit pendentif abandonné n’était pas une montre à gousset, mais une boîte contenant une mèche de cheveux: celle que Camille avait offerte en offrande trente ans plus tôt.

Trois jours plus tard, il quitta ce monde . En même temps que le professeur Mayence.

On dit qu’Irma est retournée à Rhénée…

Epilogue

Camille et Irma habitaient à 100 m de la maison des sœurs Verhydt avec qui ils entretenaient d’amicales relations.

Quand Irma s’en alla, Camille, fou de douleur, se précipita chez elles. Elles avaient pris leur retraite depuis un moment. Entre deux sanglots, Camille leur raconta l’histoire. Il divaguait, tremblait et tenait entre les mains, la boîte de couture d’Irma. Les vieilles blessures s’étaient rouvertes, un hématome réapparaissait sur sa tempe et il boîtait à nouveau. Il se savait condamné et demanda une faveur. A sa mort, il devait être incinéré et ses cendres répandues sur l’île de Rhénée.

Puis, il s’effondra.

On dit que les sœurs elles-mêmes accomplirent le voyage pour honorer sa mémoire et accomplir sa dernière volonté.

Quand elles arrivèrent sur l’île, celle-ci était abandonnée depuis longtemps et seules des chèvres occupaient la place.

Elles vidèrent l’urne funéraire à un endroit qui leur parut propice. Le seul témoin de cet acte fut un papillon sphinx à tête de mort qui virevolta un moment autour d’elles avant de disparaître.

 

Note

Le mot fée provient du latin fata qui signifie destin, nom donné aux Moires. Les premières fées furent donc les Parques. On leur attribue un don prophétique.

L’œil n’est pas à proprement parlé celui des Moires, mais des Grées (mères et gardiennes des Gorgones). Elles sont parfois confondues avec les Moires.

| Revenir aux articles

09/08/19