Defixiones et Prières

Une série de petites tablettes de défixion, sortilèges ou prières en provenance de County Durham, à Piercebridge, pas loin de Vinovium, (Fort romain de Piercebridge) sur la route conduisant au Mur d’Hadrien.  (Trouvées dans les années 70 dans un lieu d’offrandes votives, collection privée)

Les tablettes de défixion (defixio en latin, κατάδεσμος / katádesmos en grec ancien), appelées aussi tablettes de malédiction ou tablettes d’envoûtement, constituent le type de témoignage le plus répandu qui nous soit parvenu de la magie antique. En effet, environ 2 000 exemplaires sont recensés à l’heure actuelle, s’étalant du VIe siècle av. J.-C. pour le document le plus ancien au VIe siècle après, et cela dans l’ensemble du monde gréco-romain. Attestée dans la littérature, la pratique consiste littéralement à « clouer », « lier », une personne ou parfois un animal. Comme le précise Fritz Graf : « L’objectif habituel de la défixion est donc de soumettre un autre être humain à sa volonté, de le rendre incapable d’agir selon son propre gré. », pratique appelée aujourd’hui envoûtement. (Wiikipédia)

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Le plomb sur lequel sont gravés, au moyen d’un stylet, les sortilèges est un métal chtonien, donc dédié aux divinités infernales (Hécate, Proserpine, Dis Pater/Pluton, Charon, Orcus…). Ces tablettes étaient repliées et, soit enterrées dans les tombes de morts malfaisants (enfants, gladiateurs, soldats, victimes de meurtres…), soit lancées dans des puits, des rivières ou des bassins. Il se pourrait que dans ce cas précis, la déesse Fortuna (Bonne ou Mauvaise Fortune) soit invoquée. Elles pouvaient être percées d’un clou ou accompagnées de figurines en plomb. La collection du Surnatéum possède une de ces figurines. L’eau étant lieu de passage entre les vivants et les morts, le courant pouvait aussi emporter la maladie. Et certaines eau avaient des valeurs curatives.

Les textes ne sont pas toujours des envoûtements « mortels », mais pouvaient être une prière, un sortilège amoureux, de justice ou de jeu : les courses de char sont parfois visées.Un stylet d’airain ou de bronze (métal lié à Hécate, déesse de la sorcellerie) pouvait être utilisé pour graver les défixions sur le plomb.

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Les plus anciennes tablettes d’envoûtement connues datent de la Vie dynastie égyptienne, et sont en terre crue.

Les tablettes du Surnatéum sont pour l’instant gardées en l’état, nous les déplierons à l’occasion. La tablette ci-dessous est exceptionnellement grande et est une prière pour une femme malade.

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 carissimi obsecro deus meus exaudi orationem meam pro matre infirmum /

de la part de ma mère malade je te prie d’entendre ma prière, Ô mon Dieu bien aimé.

L’extrême rareté de cet objet vient du fait que la prière semble être adressée au Dieu chrétien: il est écrit DEUS (Dieu) et non DEI (Dieux) Cette formule chrétienne est d’ailleurs connue.

https://en.wikipedia.org/wiki/Piercebridge_Roman_Fort

La défixion du dessous de l’image est enroulée autour d’un os (probablement de poulet), une offrande votive.

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Dans l’excellente (et trop courte) série ROME, Servilia, maîtresse de César, venant d’être répudiée, maudit César et Atia – qui a manœuvré la répudiation – au moyen d’une défixion. La scène est particulièrement bien documentée.

https://www.youtube.com/watch?v=jC75FdTL2DM

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17/03/17