Sorcellerie et Magie en 1966

Intéressante série de photos en noir et blanc  d’objets de sorcellerie, destinées à une publication.

L’événement s’intitulait « Sorcellerie et Magie » (parfois simplement appelée l’Exposition sur la Sorcellerie populaire) et s’est tenue à Bruxelles à la mi-août 1966.

L’exposition était une initiative de spécialistes du folklore et d’historiens belges visant à démystifier la sorcellerie à travers des objets réels et des documents d’époque.

 

Le crapaud costumé que l’on voit sur la première photo provient directement de collections privées de folklore ou de musées d’histoire locale d’Europe centrale ou des régions belges (Flandre et Ardennes). Cet objet illustrait précisément les procès pour hérésie et sorcellerie du XVIe siècle, durant lesquels on accusait les sorcières de baptiser des crapauds sous des rituels parodiques pour blasphémer.

En dehors du crapaud exposé sous vitrine, l’exposition présentait des grimoires authentiques, des marionnettes de sorcières, des instruments de torture (comme des entraves), des chaudrons, ainsi que des archives manuscrites de véritables procès de sorcellerie s’étant déroulés à l’époque des Pays-Bas espagnols (les actuels territoires de la Belgique).

Le tampon du 16 août 1966 coïncide avec le pic médiéval de l’événement durant la période estivale. La mention « MAG 5 » prouve que ce cliché insolite a été retenu pour illustrer le cinquième article ou un grand dossier spécial de cinq pages publié dans le supplément magazine d’un quotidien (très probablement le supplément culturel du week-end du journal Le Soir ou de La Dernière Heure).

Les Plombs d’exorcisme

« Plombs d’exorcisme, coulés par une sorcière, pour conjurer des maladies jetées en sort par une autre sorcière. »

La Molybdomancie :Ces objets illustrent une pratique de magie populaire et de médecine empirique très courante en Belgique (notamment dans les Ardennes et en Flandre) jusqu’au début du XXe siècle

Pour guérir une personne ou un animal d’une maladie inexpliquée (souvent attribuée à un « mauvais œil » ou au sortilège d’une sorcière rivale), une jeteuse de sorts ou une guérisseuse faisait fondre du plomb. Ce plomb liquide était ensuite jeté à travers un anneau de clé ou dans de l’eau bénite au-dessus du malade.

En se solidifiant instantanément dans l’eau, le plomb prenait des formes abstraites ou figuratives (comme des cœurs, des membres ou des visages visibles sur la photo). La guérisseuse « lisait » ces formes pour identifier l’origine du mal, localiser l’organe touché ou reconnaître la silhouette de la sorcière malveillante.

Une fois refroidis, ces morceaux de plomb devenaient des talismans protecteurs (les « plombs d’exorcisme ») que le malade devait porter sur lui ou cacher sous son lit pour neutraliser définitivement le sortilège de l’adversaire.

Le contenu du bocal est plus difficile à définir.

Au vu de sa forme humaine ou animale, torsadée et fibreuse, cet objet est très probablement une racine de mandragore conservée, ou une créature magique artificielle fabriquée à partir de racines (parfois appelée un Alraune dans le folklore germanique et d’Europe centrale).

La mandragore possède une racine bifide qui évoque souvent une silhouette humaine (avec des bras et des jambes). Les sorciers et sorcières recherchaient activement les racines dont la forme était la plus frappante. Selon les croyances populaires européennes, la mandragore poussait au pied des gibets, nourrie par le sperme ou le sang des condamnés à mort. On prétendait qu’elle poussait un cri d’agonie mortel pour quiconque tentait de l’arracher de terre, nécessitant l’aide d’un chien pour la déterrer sans risque.

C’est une plante de la famille des Solanacées (comme la belladone ou la jusquiame) contenant des alcaloïdes hautement toxiques et hallucinogènes. Elle entrait dans la composition du célèbre « onguent de vol » que les sorcières s’appliquaient sur le corps pour provoquer des visions d’extase et la sensation de voler jusqu’au Sabbat.

Si ce ne sont pas des racines, il peut s’agir d’une « pelote de sorcière » ou d’un assemblage de crins, de cheveux et de fibres végétales retrouvé caché dans un oreiller ou un matelas. Dans le folklore belge, on croyait que si une sorcière parvenait à coudre un tel nœud de fibres (parfois appelé une sorcellerie de plume ou de crin) à l’intérieur de la literie d’une victime, celle-ci tombait lentement malade et dépérissait.

Le Grand Albert.

Les Admirables Secrets d’Albert-le-Grand. 1791

Ce livre compilait des recettes de magie blanche et de médecine empirique. Comme le Secrets des plantes, la Vertus des pierres, Croyances animalières , des Remèdes médicaux, la Physionomie (ou Interprétation des traits du visage humain).

Longtemps colporté clandestinement par des marchands ambulants, ce livre interdit agissait comme un talisman qui protégeait prétendument la maison. Il était une source principale des jeteurs de plomb et rebouteux.

Le Petit Albert.

Secrets merveilleux de la magie naturelle et cabalistique du Petit Albert. 1708

Contrairement au Grand Albert plutôt axé sur la médecine empirique, le Petit Albert contient des recettes de magie pratique, des talismans et des rituels occultes. Comme la Main de Gloire : La recette la plus tristement célèbre pour fabriquer un chandelier magique avec une main de pendu, des Talismans d’amour ou de la Magie domestique L Recettes pour protéger les cultures, le bétail et découvrir des trésors cachés.)

Dans la Belgique rurale du XIXe et du XXe siècle, posséder le Petit Albert était considéré comme extrêmement dangereux et fascinant.

Les légendes paysannes affirmaient que le livre était vivant, qu’on ne pouvait pas le détruire par le feu et qu’il revenait toujours à son propriétaire. On croyait que le simple fait de lire ce grimoire à haute voix pouvait invoquer accidentellement des forces démoniaques.

Enfin, un détail d’un chef-d’œuvre de la peinture d’Europe du Nord : La Chute des damnés (aussi appelé L’Enfer), peint vers 1450 par le célèbre maître primitif flamand Dirk Bouts. Le panneau original est aujourd’hui conservé au Palais des Beaux-Arts de Lille en France, tout près de la frontière belge.

 

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22/06/26