Gourde de « pèlerin ».

(origine Méditerranée ou Asie Mineure) Probablement entre Ier et IVe siècle CE, terracotta.

Interprétation:

Nous émettons l’hypothèse qu’il s’agit d’une gourde dite « de pèlerin » (ou ampulla/laguncula) vendue sur un sanctuaire consacré à la déesse Diane/Artémis. Fort probablement le sanctuaire de Diane Artemisium Nemorense situé à 25 km de Rome (Aricie). Ce sanctuaire, lieu de calme et de mystère, était très fréquenté dans l’Antiquité. Il se trouvait proche du Temple de Jupiter sur le mont Albano, et était doté d’un lac (lac Nemi, speculum Dianae – miroir de Diane)  et de sources, il était un des centres politico-religieux les plus importants de la Ligue Latine. Le sanctuaire sera abandonné au IVe siècle CE.

Les eaux du lac de Némi étaient propices à l’hydrothérapie, ce qui explique les nombreux ex-votos et ampullae trouvés sur place. On y trouvait aussi une source dédiée à Egérie – une Camène (déesse des sources) – dont l’eau avait des propriétés prophétiques.

Le nom et le rôle multiple des Camènes* dans la légende s’expliquent par leur caractère de nymphes, mais il faut, pour saisir les associations d’idées créées par l’imagination populaire, rappeler une croyance commune aux religions de la Grèce et de l’Italie. Cette croyance, surabondamment constatée par l’histoire de la divination, est que l’eau possède un pouvoir magique, la propriété d’éveiller chez les êtres intelligents le sens prophétique. Aussi les nymphes passaient-elles pour douées de la faculté divinatoire, faculté qu’elles pouvaient même communiquer aux hommes, en suspendant chez eux l’exercice normal de l’intelligence. 

C’était encore à la fontaine d’Égérie ou des Camènes que les Vestales allaient puiser l’eau vive exigée par leur liturgie.

L’emploi que l’instinct le plus populaire assigne le plus volontiers à la puissance surnaturelle est la guérison des maladies. La source des Camènes partagea longtemps avec celles d’Égérie et de Juturna, la réputation de rendre la santé aux malades.

En leur qualité de prophétesses et de magiciennes, les nymphes pouvaient être doublement utiles lors des accouchements. On leur demandait de hâter la délivrance par leurs charmes et de fixer par leur science divinatoire la destinée de l’enfant. Les Camènes ont laissé ce rôle à Carmenta ou Carmentis, et à leur compagne Égérie.

(Wikipédia)

Dans ce sanctuaire se trouvait un arbre (certainement un chêne) consacré à Jupiter/Zeus. Il était interdit d’en casser la moindre branche. Zeus est le père de Diane et Apollon.

Mais nous y reviendrons.

La scène sur un des côtés de la gourde représenterait donc le chasseur Actéon – petit fils d’Apollon – contemplant Diane (Artémis) au bain ( thème approprié pour des lieux d’eau). Pour son acte sacrilège, la déesse le transforme en cerf. Ses chiens de chasse ne le reconnaissant plus, le dévoreront vivant. Cette scène rappelle les sacrifices humains offerts à Diane dans son culte proto-historique.

Le mythe d’Actéon rappelle un autre personnage fantastique présent, à sa manière, au Surnatéum.

La Pipe de Herne le Chasseur

 

L’autre face rappelle un second mythe de ce sanctuaire :

Un esclave évadé ayant réussi à casser un branche de l’arbre sacré de Jupiter pouvait affronter en duel le gardien du sanctuaire. S’il le tuait, il prenait sa place et devenait donc Rex Nemorensis – roi d’Aricie. A lui d’être vigilant ensuite… Le gardien tient une branche de l’arbre pouvant lui servir de massue. Ceci dit, on peut trouver une ressemblance avec Hercule et sa massue. Hercule est parfois associé à Diane/Artémis (temple d’Artémis à Ephèse) entre autre lors de la gigantomachie ou lors de l’épisode de la biche aux pieds d’airain.

Hercule pouvant également représenter l’empereur Commode (empereur romain de 180 à 192), ce qui permettrait une datation plus précise de la gourde.

 

Camenae signifie « déesses des Incantations » (carmina), « oracles » ou « formules magiques »

« La vérité est que le mariage prétendu de Numa Pompilius avec la nymphe Égérie vient de ce qu’il puisait de l’eau pour ses opérations d’hydromancie, ainsi que Varron lui-même le rapporte. » (Augustin d’Hippone, La Cité de Dieu )

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01/04/21