La Main de Myriam

Le Nil, immuable et mystérieux, glissait sous la coque du S.S. Sudan, emportant avec lui les secrets d’une clientèle dont l’élégance n’avait d’égale que l’inquiétude. Parmi les passagers de première classe, une silhouette se distinguait, mêlant la rigueur d’un clerc à l’aura d’une sibylle : Myriam.

Héritière spirituelle de la célèbre Madame de Thèbes, elle avait troqué les boules de cristal de foire contre la précision chirurgicale de la « chirologie scientifique ». À ses yeux, une main n’était pas un simple membre, mais un document psychologique, un aveu silencieux que seul un esprit exercé pouvait décoder. De son cabinet feutré de Turin, rue G. Pomba, elle avait conservé le goût du discernement. Mais c’est ici, en 1930, que son art atteignait son apogée.

Tandis que le soleil se couchait sur les temples de Louxor, Myriam recevait dans l’ombre discrète des salons. Son coffret d’ivoire, disposé avec une précision méthodique, ne contenait pas seulement des instruments de manucure ; il était l’arsenal d’une « scientifique de l’âme ». Sous prétexte de polir un ongle ou d’étudier une ligne de vie, elle s’immisçait dans les méandres des consciences. Entre un examen graphologique et une observation métaphysique, elle devenait la confidente nécessaire, celle qui lisait l’avenir dans le creux d’une paume comme d’autres lisent un journal financier. Myriam n’était pas une simple voyageuse ; elle était l’exploratrice d’une carte bien plus complexe que celle de l’Égypte : celle du destin humain.

Note:

Myriam (de son vrai nom Clotilde De Maestri Messina), est une célèbre chiromancienne et voyante italienne particulièrement active dans les années 1930 à 1940.

Sa carte de visite indique ses différentes spécialités et ses coordonnées à Turin : Célèbre clairvoyante, chiromancienne, graphologue et astrologue. Elle propose des consultations basées sur une « lecture scientifique de la main ». Elle se présente comme l’élève de Madame de Thèbes (Anne Victorine Savigny), l’une des voyantes et chiromanciennes les plus renommées de la Belle Époque à Paris.

Turin, Via G. Pomba, 7 bis, 2e étage. Elle recevait tous les jours de 10h à 19h et pouvait se déplacer à domicile sur demande. À propos de Myriam (Clotilde De Maestri Messina) Sous son nom de plume « Myriam », elle a publié plusieurs ouvrages de référence sur la chiromancie chez l’éditeur Fratelli Bocca, dont :La mia esperienza chiromantica (Ma propre expérience chiromantique), publié en 1949.

On pense qu’elle a voyagé en Egypte et sur le Nil entre 1930 et 1935.

Elle aurait pu inspirer Agatha Christie.

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08/05/26