08/05/26
Ce sceau est daté de la période de Suse II, ce qui correspond environ à une fourchette allant de 3500 à 3100 av. J.-C. (fin du IVe millénaire). Cette période, souvent appelée “période d’Uruk” en Mésopotamie, marque l’explosion de l’urbanisation et la naissance de l’administration complexe.
Ce jeton appartient à la phase précédant immédiatement l’invention de l’écriture proprement dite. C’est l’époque où l’on passe de l’objet physique (le jeton) au signe gravé sur une tablette. À cette date, Suse est un centre majeur de production de sceaux-cylindres et de systèmes de comptabilité perfectionnés, utilisant des pierres locales comme ce calcaire.
Il s’agit donc d’un sceau-cachet (à appliquer par pression) et non d’un sceau-cylindre (à dérouler). Bien que cet objet précis soit souvent classé comme un jeton de comptabilité (calculus) en raison de sa forme et de son contexte de découverte à Suse, sa face gravée permettait effectivement de marquer l’argile. Contrairement au cylindre qui crée une frise continue, ce cachet triangulaire produit une empreinte unique et délimitée, semblable à un poinçon. Historiquement, le sceau-cachet est plus ancien que le cylindre. À l’époque de Suse II, les deux systèmes coexistent, mais le cachet reste privilégié pour marquer des petites surfaces ou des bulles-enveloppes. La scène de l’animal (caprin) attaqué par une sorte de démon peut avoir une double valeur, à la fois administrative et symbolique (apotropaïque). C’est-à-dire, identifier le contenu ou le propriétaire et “sceller” le destin du contenu, le protégeant contre toute altération physique ou spirituelle. Dans l’administration de Suse, et les jetons (calculi) étaient mis à l’intérieur des enveloppes d’argile. Les sceaux-cachets ou cylindres étaient appliqués sur l’extérieur pour authentifier l’enveloppe ou le bouchon d’une jarre. Cet objet semble être à la croisée des deux : un jeton dont une face a été travaillée comme un cachet pour être identifié visuellement.
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