Vo Du Ma Gick (Gede Nibo)

L’objet est un spectre. Rare, fuyant, presque une légende urbaine que les collectionneurs s’arrachent dans les arrière-boutiques poussiéreuses d’eBay ou les cercles fermés de l’occulte. Vo Du Ma Gick, signé de Baba Gede Nibo, n’est pas un de ces manuels de prestidigitation pour amuser les salons bourgeois. C’est un grimoire d’atmosphère, un traité de théorie et de récits qui transpirent la sueur et le mystère de la terre haïtienne.

Ici, on ne parle pas de « trucs ». On parle de la Magie bizarre. On s’installe à la table des grands — les Chelman, les Cameron, les Maue — mais avec un parfum de rhum et de tabac froid en plus.

Le pseudonyme n’est pas un hasard. Il invoque Gede Nibo, le premier mort, le dandy nasal aux manières de fossoyeur. Dans les pages de ce livre, l’artiste ne se contente pas de manipuler des objets ; il devient le psychopompe. Il s’habille de violet, de noir et de blanc. Il dresse des autels où le café noir fume à côté des cigares, invoquant l’intersection brutale entre la vie et le trépas, là où les araignées tissent les destins.

C’est une œuvre pour ceux qui savent que la véritable magie ne réside pas dans la dextérité des doigts, mais dans la puissance du rituel et la profondeur de l’ombre.

Baba Gede Nibo me demanda un beau jour, de préfacer son ouvrage. Ce que je fis avec beaucoup de plaisir car je travaillais sur des thèmes similaires aux siens.

En remerciement, il m’envoya une petite boîte bleue ornée du vévé de Papa Legba, mon loa préféré, celui qui ouvre les passages. La cadeau contenait entre autre chose, un sachet de tissu vert contenant une poudre très difficile à se procurer : Baba affirmait qu’il s’agissait de la « poudre zombi ».

Un élément essentiel pour mon autel personnel.

A ce jour, je ne l’ai jamais testée, mais qui sait…

Baba Gede Nibo a rejoint le monde de Baron Samedi le 9 juillet 2023. Après le rituel de Dessounen réalisé par un houngan, il a embarqué sur l’Imamou d’Agwé pour son premier voyage d’un an et un jour. Ensuite, il a rejoint Guinen.

Plus d’un an plus tard, le Surnatéum a reçu un Govi, accompagné de la demande de l’y installer. Le miwa (miroir) voilé qui l’accompagne permet de “discuter” avec le Gwo Bon Ange qui loge dans le récipient.

So mote it be.

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28/02/26