01/02/26
Le Diable aiguise la langue d’une femme, ou comment le Diable punit les femmes bavardes, blasphématoires et médisantes en leur râpant la langue sur une meule. Les “sorcières” ayant fait usage d’imprécations subissent le même sort.
Art populaire, Peinture sur bois, début XIXe siècle, Slovénie.
Ce motif satirique se retrouve sur des panneaux de ruches peints (panjske končnice), une tradition artisanale des XVIIIe et XIXe siècles en Slovénie. (période baroque rurale)
À l’époque, les paysans représentaient avec humour l’idée que les femmes avaient une langue si acérée qu’elle devait être « affûtée » par le diable lui-même.
On y voit généralement un diable tenant une pierre à aiguiser (meule) contre la langue d’une femme.
Les panneaux de ruche peints sont un élément incontournable de la culture populaire slovène. Nés spontanément de la conscience et de l’imagination du peuple, ils se sont rapidement répandus sur presque tout le territoire slovène, là où l’on utilisait la ruche en bois traditionnelle. Ils ornaient la partie supérieure de la ruche, au-dessus de l’ouverture, de miniatures représentant des saints, des personnages et des animaux, et surtout des scènes de la vie paysanne quotidienne. Les thèmes représentés sur ces panneaux sont liés à l’apiculture, à la religion, à l’éducation, et souvent empreints d’humour et de satire.
Ces panneaux permettaient aux apiculteurs de différencier leurs ruches grâce à des images mémorables.
Mais ces panneaux servaient également de protection apotropaïque car on pensait parfois que ces scènes amusantes pouvaient éloigner le mauvais œil ou les esprits malins de la colonie d’abeilles.
Les premiers panneaux (XVIIIe siècle) étaient majoritairement religieux. En plaçant une image du Christ, de la Vierge Marie ou de saints protecteurs comme Saint Job ou Saint Florian, l’apiculteur mettait ses ruches sous protection divine.
Dans de nombreuses cultures anciennes, le rire est considéré comme une force vitale capable de détourner le “mauvais œil”. En affichant des scènes grotesques ou ridicules (comme le diable aiguisant la langue d’une femme), l’apiculteur plaçait le diable dans des rôles ridicules ou serviles et réduisait ainsi son pouvoir de nuisance.
En somme, ce panneau ne servait pas seulement à éduquer ou à moquer, mais aussi à “fixer” le mal à l’extérieur pour préserver la paix de la communauté apicole.
Ce dessin montre également que la parole d’une femme pouvait avoir un pouvoir maléfique (et détruire la colonie d’abeilles) si elle était utilisée à mauvais escient.
Alors que les premiers panneaux étaient religieux, les paysans ont ensuite adopté des thèmes de la vie quotidienne, des contes de fées ou des critiques sociales pour décorer leur rucher.
01/02/26