09/01/26
Le statut semi-colonial de la Chine, après les Guerres de l’Opium, déclencha une profonde crise identitaire au sein du pays. Le ressentiment grandissant parmi la population déboucha en 1898 sur la révolte des Boxers, un mouvement violent populaire, dirigé contre l’influence étrangère, l’impérialisme et le christianisme.
Les puissances occidentales ripostèrent durement, chaque mort américaine ou britannique entraînant un nombre exponentiellement plus élevé de morts chinoises. Une alliance de huit puissances étrangères (Grande-Bretagne, États-Unis, France, Allemagne, Italie, Autriche-Hongrie, Russie et Japon) prit le contrôle de Pékin en 1900. Une violente confrontation s’ensuivit, les membres de l’alliance se livrant à des actes de vandalisme culturel, allant de la destruction de biens chinois au pillage d’objets de valeur. La révolte prit officiellement fin en 1901 avec la signature du protocole des Boxers, qui imposait à la Chine de nouvelles réparations et concessions débilitantes à l’Occident.
La même année, la mission Door of Hope (Porte de l’Espoir) commença ses activités, bien à l’abri dans la concession internationale de Shanghai. Une petite maison louée au cœur du célèbre quartier chaud de Shanghai, le Red Light District sur Foochow Road, fut aménagée pour servir de « foyer d’accueil ». Cette résidence sans prétention ne se distinguait guère des autres bâtiments de la ruelle, les maisons de plaisir, décorées la nuit de lanternes en papier portant les noms des femmes disponibles. Une enseigne au néon indiquant « Jésus sauve » fut ensuite installée au-dessus de l’entrée de la mission.
Cette mission recevait les prostituées fuyant les bordels des alentours et les gangs qui s’en occupaient. Parfois, certain(e)s y étaient parfois invité(e)s contre leur gré.
À leur arrivée au foyer d’accueil, les résidents bénéficiaient de services essentiels de nourriture, d’un logement et de soins médicaux. Une fois leurs besoins immédiats satisfaits et leur état physique stabilisé, ils avaient la possibilité d’intégrer le « foyer de première année » de la mission, situé à proximité. Là, en échange d’un enseignement religieux intensif, les résidents pouvaient participer à un programme éducatif interne pour acquérir des compétences de base, telles que la lecture et l’écriture, les mathématiques simples, la couture, la broderie et le tricot. S’ils étaient jugés suffisamment pieux à la fin de leur première année, les résidents pouvaient être admis dans une troisième résidence : la « maison industrielle ».
Les activités de Door of Hope étaient fortement limitées par un manque de financement au cours de ses premières années, rendant la mission dépendante de la charité intermittente d’organisations locales telles que le Rotary Club de Shanghai et l’American Women’s Club, ainsi que de « l’aimable assistance d’un certain nombre de riches chinois ». Afin d’alléger le fardeau financier de la mission, les résidents de l’Industrial Home pouvaient entreprendre diverses activités productives en échange de nourriture, d’un hébergement permanent et, pendant les périodes lucratives, d’une petite allocation.
L’une de ces activités était la fabrication de poupées, qui a donné lieu à ce qui est peut-être le seul héritage matériel connu de la mission. Les têtes de ces poupées étaient finement sculptées dans du bois de poirier par des artisans locaux, puis les résidents peignaient des traits du visage et des coiffures délicats et fabriquaient des corps en mousseline rembourrée. Une fois assemblées, les poupées étaient habillées de cinq couches de vêtements, du sous-vêtement au vêtement d’extérieur, chaque vêtement étant minutieusement tissé et cousu à la main. Les costumes réalistes des poupées représentaient différents rôles et classes de la société chinoise, cultivant ainsi une certaine fierté culturelle que les missionnaires jugeaient essentielle à la christianisation réussie de leurs protégés. Les premiers modèles créés furent un couple de mariés vêtus de costumes de cérémonie aux détails raffinés (la mariée portait une coiffe ornée de perles sophistiquée), suivis peu après par de jeunes enfants accompagnés d’une ayi (nourrice), un couple marié avec des enfants d’âge scolaire, un couple âgé et enfin une veuve. Des agriculteurs, des policiers et un moine bouddhiste ont ensuite été ajoutés à la gamme, ainsi que d’autres personnages illustrant l’ordre social très stratifié de la dynastie Qing.
Les poupées présentées datent de 1910 environ. Elles sont parfois appelées “Opera Doll“, même si elles n’ont rien à voir avec l’opéra.
09/01/26