Ivory Nkisi Yombe

Nkisi (Fétiche) ou Phemba (maternité)* d’origine Yombe (Angola) en ivoire, datation probable au XVIIème siècle. Il est en état de nudité rituelle. Matière : Ivoire, verre, matières organiques. Hauteur : 16 cm sur une base ovale d’un diamètre maximum de 8.5 cm. Rarissime nkisi ayant probablement appartenu à un dignitaire de haut rang – l’ivoire était notoirement réservé à la famille royale – les yeux et la charge magique (bilongo) sont recouverts de verre transparent.

Représentation d’une femme (élément Terre) – probablement “nkisi a luyulu” (ou Nkisi a Luyalu), le nkisi du pouvoir, mère de tous les fétiches, – en position de l’accouchement. 

“Le Nkisi a Luyalu d’un Nkwangila pouvait être appelé Ngudi Nkisi, Mère du ou des Fétiches” (L’Ombre des Fétiches – Albert Doutreloux)

La photo est de l’excellente artiste photographe Anne-Laure Jacquart.

Les chefs détiennent en outre un “fétiche” particulièrement puissant, nkisi a luyulu (le nkisi du Pouvoir), considéré comme la mère de tous les autres objets magiques désignés du terme de nkisi. […] La fabrication du Luyulu […] exigeait des sacrifices humains.” (Luc de Heusch – Le Roi de Kongo et les Monstres Sacrés)

Une fois de plus nous insistons sur le côté exceptionnel de cet objet. Pour analyser cette sculpture, nous nous sommes référés à l’excellent ouvrage « Le Geste Kongo » publié par le Musée Dapper, avons suivi les conseils de l’antiquaire bruxellois Gérard Sand et trois contacts d’origine Yombe/Kongo. Nous préférons toujours consulter les sources originales.

Malgré qu’aucun équivalent de Nkisi en ivoire n’apparaisse dans le livre-catalogue du Musée Dapper (en dehors de pommeaux de bâtons), la matière même de l’objet détermine qu’il fut créé pour un notable ou dignitaire de haut rang, membre de la famille du roi. Le corps légèrement penché en arrière, jambes fléchies et les yeux couverts de verre, nous permettent de penser que le fétiche représente une ancêtre nganga (expert rituel ou sorcier pour certains), la couleur blanche de l’ivoire étant celle des Simbi (esprits de la classe supérieure des morts), des ancêtres passés dans l’autre monde. La figure est notoirement féminine, le regard vitré lui donne pouvoir de consulter le royaume invisible. L’orante, les genoux fléchis dans la position dite « ntelemono mu fwokama », sollicite les faveurs de divination, de fertilité ou de guérison (et peut-être les trois) du monde des esprits.

L’opinion de nos contacts Kongo diffère un peu:

La position est également celle de l’accouchement. Sa fonction d’aider les femmes à supporter les douleurs de l’accouchement peut se justifier grâce à la charge magique (bilongo) se trouvant sur le ventre du fétiche.

Enfin, Wikipédia semble aller dans la direction de nos contacts d’origine Kongo.

*Phemba:

Le mot kikongo Phemba se traduit par « la couleur blanche », ou « la pureté » en référence à la terre blanche (kaolinite) qui est un signe de fertilité dans la région. Le nom est interprété par John M. Janzen (1979) comme désignant « celui qui donne des enfants vertueux ». Un enfant Phemba est un enfant Nkisi conçu de façon magique, un émissaire fragile du monde des esprits… 

…On note les yeux de verre importés qui ” voient ” au-delà de ce monde…

…Les fragments de verre placés dans les yeux de la figure suggèrent le rôle commémoratif de la sculpture. Les surfaces réfléchissantes comme le verre suggèrent la surface de l’eau, un lien symbolique avec le royaume ancestral. La cosmologie Kongo considère l’eau comme la médiane qui sépare le monde vivant de l’au-delà…

…La statuaire de maternité était utilisée dans les rituels d’un culte de la fertilité des femmes pour éloigner les dangers pour les mères pendant l’accouchement et pour protéger la santé de l’enfant, mais aussi placée dans un sanctuaire pour honorer les mères ancestrales d’une lignée…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Figures_de_maternit%C3%A9s_Yomb%C3%A9

Note: Certains voient dans ce nkisi, le “portrait” de la reine Nzinga Mbandi, personnage important de l’histoire de l’Angola.

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Le Nkisi fut présenté au public pour la première fois à l’exposition TREIZE au Sablon (photographie d’Anne-Laure Jaquart), puis à l’exposition Ensorceler-Guérir organisée par le Centre Albert Marinus et le Musée du Masque de Binche en 2017, et la même exposition au Musée International du Masque et du Carnaval de Binche en 2018.

https://www.metmuseum.org/toah/hd/kong/hd_kong.htm

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08/01/15