Ningyo ou Feejee Mermaid

(Sirène des Fiji)

« Le Capitaine Cumming, R.N., de Braidwood Terrace, Plymouth, de retour de Yokohama, a ramené avec lui un grand nombre de curiosités. Parmi celles-ci, une sirène. La tête est celle d’un petit singe avec un toupet laineux blanc sur la tête et des poils sur la partie supérieure du corps, des longs bras terminés par des griffes… La partie inférieure est celle d’un poisson fixée de manière tellement parfaite qu’il est difficile de dire où commence le singe et se termine le poisson… » (Curiosités d’histoire naturelle de Francis Trevelyan Buckland dans une lettre de 1866.)

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Au Japon, les Ningyo (sirènes/homme-poisson) font partie de la famille des Yokai (Fantômes/Monstres/choses étranges) et sont formées d’un torse de singe et d’une queue de poisson, souvent une carpe. Elles sont réputées posséder des pouvoirs magiques : capturées, elles peuvent déclencher des tempêtes, échouées, elles causent des conflits et des guerres. Toutefois, si vous en mangez la chair, elles vous rendront quasiment immortel.

Tout comme les sirènes de la mythologie chinoise (les Jiaoren), on raconte que les larmes versées par une ningyo lorsqu’elle est capturée ou en détresse se solidifient instantanément pour devenir des perles d’une pureté parfaite.

Certains leur attribuent des dons de prémonition. Posséder un(e) ningyo vous protège des épidémies (quoique ce mythe se rapporte plutôt à amabie, une autre sirène).

Une jeune fille de 15 ans qui en avait mangé un morceau, ne vieillit plus et vécu jusqu’à 800 ans. On l’appela Happyaku Bikuni ou Yao Bikuni (la nonne de 800 ans).

Masue, la fille de l’antiquaire d’Osaka qui vendit la ningyo.*

Le sanctuaire de Ryuguji à Fukukoa au Japon conserve les ossements supposés d’une de ces créature depuis le XIIIe siècle. Parfois ces reliques baignaient dans de l’eau qui finissait par avoir des propriétés curatives.

On en trouve également une dans un sanctuaire shinto à Asakuchi, une autre à Osaka (Temple Zuiryuji ), une au Temple Myouchi  à Kashiwazaki dans la préfecture de Niigata,  une  au Temple Karukayado à Hashimoto (Wakayama) et une conservée dans un sanctuaire shinto à Fujinomiya (au pied du Mont Fuji).

Parce qu’il est plus facile d’en fabriquer que d’en pêcher, de nombreux artistes en ont fait de très beaux modèles. Au XIXème siècle, les marins japonais en vendaient aux voyageurs de passage. Certains temples bouddhistes ou shintoïstes en conservent précieusement. Après tout, lorsqu’un kami “habite” dans la ningyo, peu importe qu’elle soit “réelle” ou “fabriquée”. En tant que ningyo, elle est.*

Vers 1842, Phineas T.Barnum en présentait une sous la dénomination de « Feejee Mermaid » dans son cabinet de curiosité.

Les documents et objets d’un kannushi (prêtre shinto) qui accompagnent la nôtre. (Le texte n’a rien à voir avec la ningyo.)

Trois tomes du In’yō Hōi Benran (陰陽方位便覽 / 陰陽方位便覧), ce qui peut se traduire par le « Guide pratique des orientations du Yin et du Yang ». C’est un traité classique d’Onmyōdō (l’astrologie et la divination traditionnelle japonaise dérivée du Yin et du Yang et des cinq éléments). Il traite principalement de la géomancie, des directions de bon ou mauvais augure (hōgaku / kasō) et de la boussole divinatoire. Très utile pour les exorcismes de malédiction.

 

*Lorsqu’un rituel de consécration est accompli par un prêtre, le kami descend pour habiter cet objet. Dès lors, l’objet cesse d’être un simple assemblage de matériaux : il devient l’incarnation physique et vivante du kami. Que la momie soit composée de vrai singe ou de papier mâché importe peu aux yeux des fidèles, car c’est la présence spirituelle qui lui insuffle sa réalité.
Pour les Japonais de l’époque d’Edo, le concept de « réalité » ne reposait pas sur la vérité biologique ou scientifique au sens occidental, mais sur la puissance de l’expérience rituelle.
Lorsqu’un kami habite une ningyo, elle passe du statut de simple monstre ou de curiosité à celui de divinité mineure de l’eau. Elle devient une entité sacrée capable de punir (par des tempêtes) ou de bénir (par la santé et la longévité).
Si une communauté prie devant une momie de ningyo, si cette momie reçoit des offrandes, et si (dans la croyance populaire) le village est préservé des épidémies ou des tsunamis grâce à elle, alors la ningyo est considérée comme active, efficace et donc réelle.
La notion de “réel” est donc très souple.

Note: cette ningyo dans son bocal fut exposée, avec 13 autres objets du Surnatéum, à l’exposition “Persona” au musée Jacques Chirac au quai Branly en 2016.

 

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03/02/16